Année des télécoms 2000
 

 

 

Télécommunications

La boucle locale au cœur de la concurrence en Europe

La déréglementation du secteur des télécommunications n’avait jusqu’ici concerné que le cœur du réseau. Dans la plupart des pays européens, la boucle locale, ce dernier segment compris entre le nœud d’accès au backbone et le client final, restait propriété de l’opérateur historique qui n’avait aucune obligation d’en louer l’usage, il devait simplement assurer l’interconnexion.

Sur cette question cruciale de l’ouverture de la boucle locale à la concurrence, deux événements majeurs ont marqué cette année 2000 en France. L’un concerne l’attribution par l’ART (Autorité de Régulation des Télécoms), le 11 juillet 2000, des premières licences de boucles locales radio, une alternative qui permet de s’affranchir des coûts de génie civil souvent dissuasifs. L’autre est relatif au dégroupage du " réseau cuivre " publié au Journal officiel du 12 septembre 2000 conformément au Réglement adopté peu après par l’Union européenne.

Attribution des licences

Au mois de juillet, L’ART a donc rendu son verdict : deux licences nationales (Firstmark et Fortel), quarante-quatre licences métropolitaines et huit licences outre-mer ont été attribuées à dix opérateurs au total. Deux bandes de fréquences ont été allouées. La bande des 3,5 GHz sera utilisée pour les zones de faible densité alors que la bande des 26 GHz sera affectée aux zones urbaines de forte densité.

Pour les heureux gagnants, rien n’est pourtant acquis. Le succès de la boucle locale radio suppose en effet que soient résolus un certain nombre de problèmes tant techniques que financiers. Au plan technique, la livraison des équipements radio risque d’être retardée et la pénurie guette même certains fournisseurs alors que la difficulté à trouver des points hauts pour placer les antennes, constituera un sérieux frein à un déploiement rapide des réseaux. La question du financement à long terme est tout aussi cruciale : les engagements annoncés seront-ils respectés si la rentabilité tarde à venir ? Si l’aptitude de la radio à offrir les services haut débits tant attendus ne fait aujourd’hui aucun doute, sa rentabilité à moyen terme reste encore à démontrer.

Le décret sur le dégroupage

Propriété de l’opérateur historique, les quelques cent millions de km de paires de cuivre étaient restés jusqu’à présent inaccessibles aux nouveaux opérateurs et faisaient l’objet de bien des convoitises.

Parmi les cinq options initialement envisagées, deux ont été retenues : dégroupage total ou accès partagé. La première modalité consiste en une mise à disposition de toute la paire au profit de l’opérateur entrant. La paire de l’opérateur historique est alors purement et simplement dérivée vers le répartiteur du nouvel opérateur qui dispose alors de l’ensemble de la capacité utilisable sur le support. Dans le cas de l’accès partagé, le signal véhiculé par la paire de cuivre est filtré dans les locaux de l’opérateur historique. Le téléphone est alors traité par France Télécom alors que le signal haut débit est dérivé vers l’autre opérateur.

Le dégroupage de la paire de cuivre et la boucle locale radio devraient jouer un rôle complémentaire. En accédant à la boucle locale, les opérateurs entrants seront en effet en mesure d’offrir des accès large bande à Internet en incluant le téléphone à un prix sans doute très attractif. Le jeu actuel des acteurs télécom basé jusqu’à aujourd’hui sur le service téléphonique en sera incontestablement modifié.

Eric Gangloff

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