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L'Afrique (FC)
L'Espace (J-PG)

 

 

L'entrée dans le XXIème siècle a vu un changement important dans le développement des télécommunications sur le continent africain. Bien que ce continent reste loin derrière les pays développés, un seuil a été franchi avec le passage d'un abonné au téléphone pour 102 habitants dans l'Afrique sub-saharienne et avec des projets qui tiennent désormais compte des enjeux de la mondialisation et du marché des télécommunications.

L'Afrique : 2001, Odyssée des télécommunications

Fabienne CANAL

On est encore loin des croissances exponentielles connues ces dernières années dans bien des secteurs du domaine (téléphonie, Internet, multimédia) mais les plans et projets qui concernent un proche futur sont porteurs de beaucoup d'espoir pour un développement du secteur dont Africa Telecom, forum qui a eu lieu en novembre à Johannesburg, s'est fait un porte-parole d'envergure.

Si, il y a une dizaine d'années, il était d'usage de railler l'Afrique en la comparant à la ville de Tokyo qui comptait plus de téléphones que le continent africain, 2001 a vu des développements considérables notamment avec la connexion à Internet des derniers pays qui n'avaient pas encore franchi le pas, l'augmentation du nombre d'abonnés et la croissance du téléphone mobile.

Bien que la télédensité en Afrique soit la plus faible du monde, les statistiques de 2001 sont encourageantes. Afrique du Sud mise à part, on constate:

  • 3,15 téléphones pour 100 habitants soit une augmentation de 15,8%
  • 17,6 millions de lignes fixes soit une augmentation de 30 %.
  • 7,5 millions d'abonnés au téléphone mobile soit une augmentation de 54 %.

Certes, ce tableau reste à nuancer car la situation est fort différente d'une zone à l'autre, dans les zones urbaines et dans les zones rurales. Les pays qui émergent sont l'Afrique du Sud, l'Egypte, le Nigeria, la Tunisie et le Maroc mais ils côtoient des zones rurales sans aucune infrastructure. De plus, la pauvreté, les sécheresses, les guerres et le développement du sida sont, pour beaucoup de pays, des priorités qui ne laissent guère de latitude pour se consacrer au développement des télécommunications et des TIC.
Cependant, l'augmentation de l'activité du secteur ces dernières années suit la courbe du redressement de l'économie de certains pays et l'expansion des opérateurs concurrentiels.

Les réseaux mobiles sont en hausse et expliquent, en grande partie, ce développement et la nécessité de faire face aux enjeux de la mondialisation croissante du marché des télécommunications.

2001 a connu un renforcement significatif vers trois voies qui expliquent le développement des télécommunications sur le continent:

- la dérégulation et la privatisation sont en place ou en route dans de nombreux pays et ces mesures ont attiré les investisseurs étrangers. Un des derniers pays à entamer le processus est le Burkina-Faso. Mais le chemin n'est pas aisé, comme le montrent les péripéties liées à la privatisation de Nitel au Nigeria.
- les connections Internet se développent mais le nombre d'accès est très variable d'un pays à un autre.

En cinq ans, l'Afrique est passée de 11 pays accédant à Internet à 54 en 2001. Dans chaque pays concerné, le réseau s'est largement développé au-delà des capitales et des villes principales. Pour faciliter le processus, la plupart des opérateurs locaux fournissent un code d'accès par zone au prix d'une communication locale, ce qui permet aux internautes d'avoir accès à la couverture nationale. C'est le cas du Bénin, du Burkina Faso, du Gabon, de l'Ethiopie, du Mali, du Maroc, du Tchad, du Togo, de la Tunisie.

L'Ethiopie et l'île Maurice restent les deux seuls pays où le fournisseur d'accès reste monopole d'Etat. Par contre, l'Egypte, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Zimbabwe en ont une dizaine chacun.

On estime à plus d'un million le nombre de comptes Internet dont, il est vrai, six cent cinquante mille sont en Afrique du Sud et deux cent mille dans les pays de l'Afrique du Nord.

Une grand-messe : Telecom Africa 2001

Le forum Africa 2001 a eu lieu du 12 au 16 novembre à Johannesburg sous l'égide de l'UIT (Union Internationale des Télécommunications). C'est le cinquième forum régional depuis 1986.

Cette manifestation a rassemblé :
- une exposition qui a attiré plus de 236 exposants et plus de quinze mille visiteurs;
- un forum qui a donné la parole à 166 orateurs de 42 pays différents.

Le point fort de cette rencontre s'est fait sur le thème du passage à une économie mondiale de l'information et sur l'accès aux nouveaux outils.

A côté de toutes les activités liées à la manifestation, deux moments forts ont marqué cette semaine.

1/ Le lancement par l'UIT d'une nouvelle publication, "Indicateurs des télécommunications africaines 2001", qui fournit les analyses et les statistiques sur chaque pays d'Afrique et constate les immenses progrès accomplis ces trois dernières années.
Quelques constats :
- la télédensité en Afrique sub-saharienne a dépassé le seuil des 1%, seuil fatidique pour la croissance et le développement économique. Ce seuil serait de 1,5 % à la fin 2001.
- en 2001, 36 nouveaux opérateurs ont lancé des services mobiles sur le continent
- en 2001, plus de la moitié des pays africains avait mis en place une instance de réglementation indépendante …

2/ La création de la Commission e-africa, chargée d'élaborer des cyberstratégies et des cyberprojets à l'échelle du continent et de gérer le développement du secteur des TIC. Le premier projet de cette commission concerne l'informatisation des établissements scolaires afin que d'ici cinq ans, chaque élève du secondaire ait reçu une initiation à l'informatique.

- la téléphonie mobile porte tous les espoirs et le nombre de portables est en hausse constante. La progression est édifiante : deux millions en 1998, trente millions à la fin 2001 et cent millions prévus à l'horizon 2005. Le prépaiement est l'une des raisons de la forte progression de la téléphonie mobile. Sur l'ensemble du continent, les quatre cinquièmes des abonnés utilisent les services de prépaiement, soit presque deux fois plus que la moyenne mondiale.

Afrique du Sud : la part du lion sur le continent

Dans le secteur des télécommunications, l'Afrique du Sud ouvre la voie.

Du côté de Internet…

Si on en croit Media Africa, organisme de recherche sur Internet, depuis 1999, un demi-million de nouveaux utilisateurs se connectent chaque année, portant ainsi le total des connexions du pays à plus de deux millions. Ce niveau tend à se stabiliser en 2001 après un accroissement spectaculaire de 125 % en 2000.

Les deux principaux fournisseurs d'accès sont Mweb et Yebo Net. Ces résultats peuvent s'expliquer par le lancement de Sunsat en 1999, premier satellite de conception et de fabrication nationales qui a été réalisé à la faculté d'ingénierie de l'Université de Stellenbosch.

Du côté du téléphone cellulaire…

En octobre 2001, le marché du téléphone portable a atteint 9,8 millions d'utilisateurs et devrait atteindre les 20 millions à l'horizon 2005… Ce marché est dominé par Vodacom et MTN dont les réseaux GSM couvrent plus de 71 % du pays. En novembre, Cell C Consortium est venu se joindre à ces deux opérateurs après l'achat de sa licence en juin. Vodacom a construit plus de 4700 stations qui couvrent 60 % de la surface du pays et peut satisfaire 93 % de la population sud africaine. Ce marché représente 16 milliards de rands soit près de 2,5 millions d'Euros. Le système du prépaiement reste prépondérant puisqu'il concerne 90 % des utilisateurs sud africains.
Fabienne Canal

Espace

Jean-Paul GOULVESTRE

Les années se suivent et se ressemblent : les constellations satellite continuent à avoir de très gros problèmes qui hypothèquent leur avenir.

Nous avions laissé les opérateurs de constellations de satellites dans une situation pour le moins difficile à la fin de l'année 2000. Iridium avait été sauvé in extremis par la signature d'un contrat avec le Pentagone, ICO et Teledesic avaient décidé de fusionner et Globalstar éprouvait des difficultés à se développer.

L'année 2001 aura été encore difficile pour ces firmes qui ont été confrontées à de nombreuses difficultés:

  • concurrence croissante et baisse des coûts de la fibre optique;
  • forte croissance des sociétés de téléphone mobile capables maintenant d'offrir, à un coût attractif, des communications mondiales grâce à une couverture améliorée et aux accords de roaming ;
  • demande largement surestimée et peu dynamique, sauf pour les situations d'urgence (comme on l'a vu en Afghanistan) ;
  • coûts des communications et des terminaux, certes en diminution, mais encore trop élevés ;concurrence de plus en plus forte de leurs concurrents opérateurs de satellites géostationnaires, Intelsat, Inmarsat et Eutelsat tout particulièrement, sans oublier Thuraya, mis en service cette année au Moyen-Orient.

Face à ces problèmes, et pour assurer la survie des projets on a assisté à un triple mouvement :

  • une forte restructuration du secteur: les acteurs concernés ont essayé de faire face à leur difficultés en forgeant de nouvelles alliances comme ICO-Teledesic avec Ellipso et CCI International, ou Iridium avec Global Plus ou, au contraire, en renonçant à leurs projets de fusion (New ICO et ICO-Teledesic) ou même en se retirant d'un partenariat devenu trop pesant comme celui de Loral dans Globalstar. Cette stratégie, justifiée par les difficultés propres aux acteurs, est également poussée par un fort mouvement de concentration chez les opérateurs de satellites géostationnaires (rachat de GE Americom par SES Astra, joint-venture entre JSat et PanAmSat, achat de 21% d'Hispasat par Eutelsat)
  • une révision à la baisse des plans de développement, impliquant une réduction drastique des investissements, pour Lockheed Astrolink International et Hugues Spaceway
  • une redéfinition d'une offre de services en cherchant à s'attaquer au marché de la voix, de la transmission de données haut débit, de l'accès Internet (Iridium), et des applications multimédia, voire au téléphone mobile terrestre (New ICO).

Ces réorientations stratégiques ne suffisent pas si l'on en juge par la situation plus que difficile de Globalstar qui se dirige sûrement vers un dépôt de bilan comparable à celui d'Iridium qui lui permettrait, sous un nouveau nom, de continuer son activité.

Et en ce qui concerne les projets nouveaux, Teledesic choisira entre Alenia Spazio et Lockheed le partenaire qui construira son réseau satellitaire avec, comme objectif, de démarrer son activité en 2005. Mais l'avenir de Skybridge, projet de boucle locale satellite d'Alcatel semble très compromis et le concept même de constellations de satellites reste pour le moins aventureux au fur et à mesure que se développent les réseaux de téléphonie mobile et les réseaux câblés de fibre optique.

Du côté des lanceurs, Ariane 5 a été victime d'un mauvais fonctionnement du moteur du second étage qui a empêché les lancements depuis juillet 2001 et l'Inde a réussi un premier lancement avec sa fusée GSLV.

Enfin signalons les péripéties qui entourent le lancement du projet européen de localisation par satellite Galileo. Coûtant 3,6 milliards d'Euros, il subit à la fois les attaques des Américains (qui craignent la concurrence avec leur propre système, le GPS) et celles de ceux qui trouvent l'investissement trop lourd.

Jean-Paul Goulvestre

 
 
coin télécom

institut national des télécommunications