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 Deux événements majeurs avaient concerné la boucle locale en 2000 : l’attribution des licences de boucle locale radio en juillet et le décret instituant le dégroupage en septembre. Un an plus tard, force est de constater que le bilan n’est pas à la hauteur des espérances de l’automne 2000. Les adjudicataires des licences radio tardent à ouvrir leurs réseaux et le nombre des opérateurs intéressés par le dégroupage a fondu comme neige au soleil.

Constat d’échec dans la boucle locale ?

Eric Gangloff

La crise généralisée que connaît le secteur des télécommunications depuis quelques mois est certes un des facteurs déterminants de cet échec. Bien des acteurs en difficulté ne trouvent plus aujourd’hui les financements qu’ils réclament mais la crise n’explique pas tout.

En ce qui concerne la boucle locale radio, les raisons du retard sont essentiellement techniques. La difficulté de disposer des bandes allouées, la raréfaction des points hauts nécessaires à l’implantation des antennes et la non-disponibilité des matériels dans la bande des 3,5 GHz expliquent pour une large part le démarrage difficile. Cependant, ces problèmes surmontés, le succès ne sera pas pour autant garanti. aut débit et de qualité. Oui, mais à quel prix ? Les matériels radio sont onéreux et l’une des deux bandes allouées pose de sérieux problèmes de propagation. Les seuils de rentabilité sont en conséquence plus élevés que prévu. Une réalité qui pousse les opérateurs à se positionner sur les PME haut de gamme, un marché beaucoup plus réduit que ne prévoyaient les business plans initiaux.

Du côté de la boucle locale cuivre traditionnelle, l’enthousiasme est là aussi quelque peu retombé. Chacun s’accorde à reconnaître que les difficultés techniques ont bel et bien été sous-estimées et que l’opérateur historique s’est montré bien plus coriace et réactif que d’aucuns l’avaient imaginé. Ce segment de réseau n’est pas précisément caractérisé par une haute technicité. Les techniques déployées sont plutôt anciennes et éprouvées mais chaque ligne est un cas particulier et la gestion des cent millions de kilomètres de paires de cuivre du réseau français nécessite des moyens humains importants.

Autre problème, celui du financement des salles de colocalisation. Le coût de ces salles où se concentrent les équipements des opérateurs alternatifs est apparu dissuasif à bien des postulants. Une trentaine d’opérateurs s’étaient mis sur la ligne de départ mais cinq ou six seulement persistent aujourd’hui dans leur volonté d’investir dans le dernier kilomètre. De nombreux sites n’intéressent qu’un ou deux concurrents rendant le coût de location de la salle de colocalisation absolument prohibitif. 

A la fin de cette année, l’opérateur historique aura atteint le seuil des 500 000 clients ADSL. Quel marché existe-t-il au-delà alors que les marges ne pourront que décroître ? Les services proposés sur les lignes dégroupées ne concernent à ce jour que des accès rapides à l’Internet. La voix sur DSL, la vidéo à la demande ne sont encore que des services virtuels ne figurant sur aucun catalogue. Assistera-t-on à une simple guerre des tarifs sur le seul marché de l’Internet rapide ou verra-t-on la floraison des nouveaux services tant vantés ?

Les difficultés d’ouverture de la boucle locale ne sont pas propres à la France. On s’est plu à fustiger la position défensive de l’opérateur historique mais force est de constater que peu de pays ont su ouvrir véritablement ce dernier segment à la concurrence.

Les Américains ont été les premiers puisque le Telecommunication Act de 1996 prévoyait déjà le dégroupage. Cinq ans plus tard, les anciens monopoles régionaux, les RBOCs, détiennent encore 80 % du marché. Ici comme ailleurs, les problèmes opérationnels avaient été sous estimés et les coûts de colocalisation ont découragé bien des prétendants. Ces problèmes sont en voie de résolution mais le retournement du marché a modifié la donne. Les deux principaux challengers, Covad et Northpoint, sont en proie à de sérieuses difficultés. Le premier s’est vu contraint à une sévère restructuration et le second a déposé son bilan. La tendance est aujourd’hui à une forte réduction du nombre de concurrents et à une hausse des tarifs.

En Europe, les opérateurs historiques résistent eux aussi. Les plaintes pour entrave au processus de dégroupage affluent auprès de la Commission européenne. Les motifs invoqués sont connus : mauvaise volonté de l’opérateur en place, prix de location prohibitifs.

Les Allemands ont autorisé le dégroupage dès 1997. Au pays du consensus social, il a fallu près de quatre années pour voir un accord entre Deutsche Telekom et ses concurrents mais là encore l’opérateur en place rafle la plus grosse part du marché. Outre-Rhin comme outre-Manche, la tendance est plutôt à la revente d’abonnements, une solution qui évite les épineux problèmes opérationnels. Seule l’Italie semble avoir tiré les enseignements des difficultés rencontrées dans les autres pays. Conscients qu’une croissance du marché profiterait à tous, les différents acteurs ont su faire preuve de la souplesse nécessaire à la recherche d’un compromis avec pour résultat une trentaine d’opérateurs aujourd’hui implantés dans les répartiteurs ouverts au dégroupage.

S’il est encore un peu tôt pour conclure à un échec, il n’en demeure pas moins que l’ouverture du dernier kilomètre n’a pas à ce jour répondu aux attentes des clients et des opérateurs. L’ADSL n’est en fait qu’une solution intermédiaire destinée à rentabiliser une infrastructure dont chacun sait que les jours sont comptés. La boucle radio n’apparaît, quant à elle, que comme une technique de substitution tributaire des contraintes de gestion du spectre et des aléas de propagation. L’avenir est incontestablement à la fibre optique dans les réseaux d’accès. Elle seule pourra offrir la bande passante garante de services à valeur ajoutée. Certains pays se sont d’ores et déjà engagés dans cette voie d’avenir.

Eric Gangloff

 
 
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