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 Cette année, nous avons regroupé les équipementiers télécoms, l’électronique et l’informatique. A l’exception des éditeurs de logiciel, ils subissent tous la crise et appliquent des recettes similaires pour s’en sortir. Nous entamons ce chapitre par une analyse du développement accéléré de la sous-traitance dans ces trois domaines, puis nous revenons sur les grands événements de l’année. Ce chapitre est complété par deux exposés plus techniques, l’un sur la domotique, l’autre sur l’évolution des réseaux. Là encore, on constate que la frontière entre électronique, informatique et télécoms est devenue largement artificielle.

La montée de la sous-traitance

Michel BERNE

Les industriels des technologies de l’information ont particulièrement souffert cette année. Ils ont cherché systématique-ment à réduire leurs coûts et plus encore, leur sensibilité à la conjoncture. Le développement de la sous-traitance qui en résulte révèle un nouveau visage de l’industrie.

Deux phénomènes se conjuguent pour expliquer la très forte hausse de la sous-traitance constatée cette année, qui poursuit une tendance amorcée il y a quelques temps. D’une part, la crise rend attirantes les stratégies d’externalisation, qui vont faire reposer sur des partenaires la charge de s’adapter à une demande fluctuante (et on sait que c’est encore plus difficile à la baisse qu’à la hausse). On peut également penser que les contraintes environnementales et sociales qui pèsent de plus en plus sur les fabrications électroniques poussent les industriels à se défaire de ces encombrantes responsabilités.

Flextronics

C’est sans doute une des sociétés les plus connues dans le monde de l’EMS. Créée dans la Silicon Valley en 1969, par John McKenzie qui venait de perdre son travail, elle a d’abord prospéré aux Etats-Unis avant que la crise du début des années 1990 ne la menace. Elle s’est alors recentrée autour de ses usines asiatiques, le siège étant fixé à Singapour.

Flextronics est dirigée par Michael Marks depuis ce moment et a connu une croissance accélérée. Rien qu’en 2001, elle a signé des accords stratégiques avec, ou repris des usines à Ericsson, Alcatel, Xerox, HP et Orbiant (Telia).

La flexibilité de l’outil de production est la clé de la survie dans le métier d’EMS. Ainsi, Flextronics possède une usine en Lorraine, à Lunéville, qu’elle s’apprête à fermer.

D’autre part, l’ère des industriels qui savaient tout faire et fabriquaient tous les composants des matériels qu’ils vendaient est révolue : comme dans l’automobile, on voit clairement apparaître des concepteurs, des fabricants de composants, des assembleurs. Les sous-traitants, bénéficiant de coûts plus bas et moins liés à un secteur particulier, peuvent espérer mieux se sortir d’affaire quand un domaine d’activité connaît des problèmes tandis que les équipementiers peuvent se concentrer sur leur cœur de métier, la conception, la distribution et éventuellement la fabrication de composants stratégiques. Ainsi, Alcatel a engagé une réorganisation de ce type en annonçant la cession d’ici à fin 2002 de cinquante usines (dont trois en France). Le PDG Serge Tchuruk a alors parlé " d’externalisation de son activité industrielle ".

Ces EMS (Electronic Manufacturing Services) sont présents dans de nombreux segments allant de du prototypage à la logistique de distribution en passant par la fabrication de composants, l’assemblage et les tests. Ils grandissent très vite, liés à un mouvement général d’externalisation de la part des OEM (Original Equipment Manufacturer) : le marché mondial dépasserait les 100 milliards de dollars et augmenterait de 25 % par an et certaines entreprises, comme Solectron, ont connu ces dernières années des taux de croissance de 45% par an.

Quelques leaders du monde de l’EMS
Entreprise
Siège
C.A.2000 ou 2001 en milliards de $
Nombre d’usines ou de pays
Employés

Solectron

Milpitas (Ca)

18,1

22 pays

60000

Flextronics

Singapour

12,0

28 pays

70000

Celestica

Toronto

9,8

41 usines

32000

SCI *

Huntsville (Ala)

8,4

39 usines

31000

Sanmina *

San Jose (Ca)

3,9

50 usines

Jabil

St Petersburg (Fla)

4,3

21 usines

19000

VTech

Hong Kong

1,3

13 pays

20000

* SCI et Sanmina sont en train de fusionner. Source : compagnies

Le marché n’est toutefois pas pour les pieds tendres : pression des fournisseurs sur les prix et les délais (une des entreprises du secteur s’appelle, justement, TTM, pour Time To Market !), violence des cycles. Ainsi, au 3ème trimestre 2001, la société canadienne C-Mac a vu ses ventes baisser de 40 % par rapport au 3ème trimestre 2000. Enfin la gestion de ces ensembles est compliquée – GRH, finance, fiscalité, approvisionnement et logistique, qualité sont à optimiser dans des dizaines d’usines dans le monde entier.

Par ailleurs, ils se concentrent rapidement donnant naissance à des géants planétaires, bien qu’aux noms généralement connus des seuls spécialistes. Une exception : VTech, société de Hong Kong qui vend aussi directement au grand public sous sa marque des produits électroniques éducatifs.

Les équipementiers en enfer

Michel BERNE

Tel qui rit vendredi dimanche pleurera ! Après avoir collectionné les capitalisations et les ventes records en 2000, les équipementiers ont connu une année 2001 extrêmement éprouvante, les plus grands d’entre eux étant au bord du gouffre. Les aspects " emploi " ayant été traités dans un chapitre spécial et la montée de la sous-traitance dans le paragraphe précédent, on ne trouvera ici qu’un bref résumé de la situation.

Les grands équipementiers des télécoms ont été pris à revers par le retournement de conjoncture. Ils souffrent d’avoir trop vendu ces dernières années aux nouveaux entrants (pas toujours bien solvables, et souvent à crédit – on a parlé de crédit fournisseur allant jusqu’à 200 % du montant de certaines ventes). Par un effet classique, bien connu dans les cycles économiques, ils sont confrontés à un arrêt extrêmement brutal des achats des leurs clients, qui se mettent même à revendre certains équipements d’occasion…

Ils souffrent aussi d’avoir acheté de nombreuses entreprises à des tarifs astronomiques. Les dettes, ou dans les meilleurs cas les moins-values sur ces acquisitions, plombent leurs comptes. Nortel annonce avoir ainsi rayé d’un trait de plume 12,3 milliards de dollars au deuxième trimestre 2001. D’où les annonces de licenciements qui se succèdent. Même Cisco, dont la croissance phénoménale et stable depuis des années faisait l’envie de la profession, décroche. Après 2,7 milliards de dollars de pertes au premier trimestre, la société a annoncé 8500 suppressions de poste en avril et a connu une réorganisation majeure en août. Mais à partir de l’été, les grands du secteur se remettent à acheter des start-ups car elles ont un besoin insatiable de nouvelles technologies.

Dans cette situation catastrophique, les équipementiers cherchent des méthodes pour ne pas trop réduire le spectre de leurs activités tout en minorant leurs coûts. Nous venons de voir comment le recours à la sous-traitance permet de mieux gérer les à-coups de la conjoncture ; les alliances sont une autre possibilité. Ainsi, Sony et Ericsson font cause commune dans le domaine des terminaux mobiles ; Alcatel et Fujitsu ont créé en commun Evolium pour les matériels UMTS. Alcatel a même tenté de racheter Lucent, en perdition, en mai. L’affaire ne s’est pas faite, trop compliquée et trop risquée. Mais on sait que les alliances sont fragiles. Ainsi Siemens et Toshiba, qui avaient envisagé une alliance de ce type pour les terminaux 3G ont décidé de se séparer.

Résultats des principaux équipementiers télécoms en 2001

Milliards d’Euros

1er trimestre

2ème trimestre

3ème trimestre

Alcatel

0,2

- 3,1

- 0,6

Cisco

- 3,0

0

0,3

Ericsson

0

- 1,5

0,4

Lucent

- 4,1

- 3,6

- 18,0

Motorola

- 0,6

- 0,8

- 1,6

Nokia

1,0

0,8

0,8

Nortel

- 2,9

- 21,6

- 3,9

Source : compagnies. Remarque : résultats net (après impôt), en général as reported, mais dans quelques cas pro forma. Incluent les éléments exceptionnels.

Le tableau à gauche montre l’ampleur des dégâts financiers. Même s’il est difficile de déterminer exactement le montant des pertes à cause de la disparité des pratiques de reporting financier et de l’énormité des éléments exceptionnels, il est clair que certaines entreprises sont en perdition en 2001.

 

Chez les " petites " on peut citer Marconi, qui a fait les titres de la presse toute l’année et chez les " grandes " Lucent dont les pertes nettes (pour l’année se terminant le 30/9/2001) se montent à 16,2 milliards de dollars sur des ventes de 21,3 milliards de dollars, soit 76 % du chiffre d’affaires ! Le résultat n’est guère meilleur en prenant en compte seulement le résultat d’exploitation (- 14,2 milliards de dollars).
Nokia est le seul équipementier qui se sort raisonnablement bien de 2001. Avec une part de marché (au 3ème trimestre) de 34 % dans les mobiles et une image de battant, la compagnie finlandaise finira l’année avec des profits, même si le chiffre d’affaires est en recul.

Année noire pour la micro-électronique

Michel BERNE

On savait que l’industrie des semi-conducteurs était cyclique, mais on n’avait rarement vu ça : le marché aurait baissé de 33 % en 2001 selon Gartner (152 milliards de dollars en 2001 contre 227 en 2000). Intel maintient sa part de marché (à plus de 15 %), suivi de Toshiba et STM, distants dauphins. Toshiba devrait céder à Infineon (Siemens) son activité sur le très difficile marché des mémoires DRAM. La situation générale est si grave que Pasquale Pistorio, PDG de STM va reculer son départ en retraite pour faire face à la crise. Et Intel, qui avait tenté de se diversifier dans l’électronique grand public a décidé d’arrêter les frais. Les prix plongent : le Pentium 4 à 1,4 GHz coûtait 574 dollars au 1er janvier, et seulement 193 dollars le 7 novembre 2001.

Les causes de cette situation sont simples : les grands marchés (PC, mobiles…) sont en train de se saturer et en raison de la mauvaise conjoncture économique, les clients repoussent leurs achats. De fait, les écrans plats et dernières versions des matériels n’apparaissent pas indispensables ! Mais une amélioration se dessine en fin d’année, avec la hausse du prix des mémoires DRAM, indicateur très sensible du marché.

La crise n’a pas épargné non plus Gemplus, champion de la croissance ces dernières années. Prise à revers par le retournement du marché des mobiles, l’entreprise leader du marché de la carte à puce a très mal vécu les changements de management qui ont accompagné son introduction en bourse et les divisions de son actionnariat (famille Quandt (BMW), fonds de pension américain TPG). Fait rare, le comité d’entreprise a assigné en justice la direction et obtenu la convocation d’une assemblée générale des actionnaires. Le président Antonio Perez, ancien de Hewlett-Packard, soupçonné en plus d’abus de biens sociaux, voit ses méthodes et sa stratégie contestée et doit quitter son poste à la fin de l’année.

L’industrie du PC perte de vitesse

Michel BERNE

Alors que le PC fêtait ses 20 ans cette année, avec plus de 500 millions de machines en service ans le monde, pour la première fois on a constaté une chute des ventes (heureusement limitée en volume à 1,6 % selon IDC, mais de 13 % aux Etats-Unis).

Aux Etats-Unis, les prix réels des ordinateurs, qui avaient augmenté pendant longtemps (sans doute à cause de la surchauffe du secteur) ont perdu 34 % en 6 mois depuis juillet 2001. Les prix des composants ont baissé de 1 % par semaine… Cette information montre l’ampleur des changements en cours, explique la nervosité de court terme des acteurs, mais est plutôt de bon augure pour la suite, car cette chute pourrait bien faire repartir la demande.

Malgré tout le marché continue à se développer du côté des portables et surtout des ultra-minces. Le marché avait été initié par Vaio de Sony.

Devant les défis qui les attendent, HP et Compaq, tous les deux en perte de vitesse, décident de fusionner. Cette manœuvre est mal reçue par les analystes et il est difficile de dire, au début de 2002, quel succès elle aura. Même la famille Hewlett, éprouvée par la mort cette année du père fondateur, Bill Hewlett, n’approuve pas la fusion…

Les autres constructeurs sont également atteints comme nous l’avons vu dans le chapitre consacré à l’emploi.

Un tandem qui prospère en des temps difficiles

Dell est devenu le premier dans la micro-informatique cette année. Son organisation – construction des PC à la demande – lui assure une réactivité sans égale. Au 2ème trimestre 2001, Dell avait une part de marché mondiale de 13,1 %, devant Compaq (11,9 %) selon IDC.

Et Quanta, constructeur taiwanais, fait mieux que résister à la crise, il en profite. Doté de chaînes de productions performantes, de coûts bas et extrêmement bien géré, Quanta fabrique des PC pour les grandes marques. Dell lui confie 55 % de sa production de portables. Dirigé par le légendaire Barry Lam, la société est devenue en 2001 le premier fabricant de portables mondial devant Toshiba. Chiffre d’affaires prévu en 2001 : 3,1 milliards de dollars.

Apple panse ses plaies après l’échec du Macintosh " Cube " , trop cher et miné par les problèmes techniques, mais sort en octobre le très remarqué iPod, baladeur numérique MP3 qui stocke environ 1000 morceaux musicaux. Avec cet appareil, Apple sort de son champ traditionnel de l’informatique et entre dans l’électronique grand public. Apple, qui résiste toujours face au monde Windows (c’est-à-dire, 95 % du marché…) développe ainsi une famille d’applications multimédias conviviales et performantes : iTunes, iMovie, iDVD, iPod qui permettent un dialogue facile entre les multiples appareils numériques domestiques.

Le mariage des télécoms, de l’informatique et de l’électronique (grand public ou pas) donc est en route comme le montre l’exemple précédent. Le marché des PDA est aussi intéressant, avec une redistribution des cartes : Psion abandonne le segment grand public, Palm a la moitié du marché mais ne se porte pas bien et souffre de la montée des PDA du monde Microsoft (comme le iPaq de Compaq). Les magnétoscopes et décodeurs se dotent de disques durs. Il n’est pas innocent également que Microsoft investisse dans les consoles de jeu et autres accessoires matériels.

Microsoft
2001 est encore une année contrastée pour Microsoft : le feuilleton judiciaire continue, mais les menaces les plus sérieuses s’éloignent. Et dans le même temps le géant de Redmond lance deux nouveaux produits : d’abord la version XP de Windows, unanimement jugée plus stable et plus simple que les précédentes. A priori, elle ne devrait pas valoir à Microsoft de nouveaux ennuis judiciaires et on peut lui prédire, à fin 2001, un succès raisonnable ; ensuite la console de jeu X-Box dont nous reparlerons plus loin.

La société ne sera pas démantelée. Le juge Jackson qui avait prononcé cette sentence est dessaisi de l’affaire et son jugement a été partiellement annulé. Un accord est trouvé avec le Ministère de la Justice en septembre et un projet d’accord est proposé un peu plus tard mais il est contesté par 9 des 18 états américains plaignants. Microsoft tente de se débarrasser d’un second procès initié par les consommateurs américains en promettant d’équiper gratuitement les écoles américaines les plus pauvres pour un montant de 1,1 milliard de dollars. La proposition est également contestée. Pendant ce temps, la Commission européenne lance une enquête sur l’entreprise, toujours au sujet des liens entre applications.

Autres nouvelles
Quant à Bull, la société va de mal en pis : petit à petit le groupe vend toutes ses activités rentables. Ses activités de conseil sont rebaptisées Integris et partiellement vendues à Steria. A la fin de l’année, le PDG Guy de Panafieu démissionne et l’état verse une avance d’actionnaire de 100 millions d’Euros. Pierre Bonelli, ancien de la SEMA est alors nommé PDG.

Les grandes alliances décidées en 2000 se révèlent moins attirantes maintenant dans une conjoncture de crise. Ainsi, le mariage de Cap Gemini avec Ernst & Young a paradoxalement fragilisé les deux partenaires : en alourdissant la part américaine du groupe pour Cap Gemini  et en marginalisant (relativement) le cœur de métier de Ernst & Young. Le groupe a annoncé 5 400 licenciements, soit 9 % des effectifs.

Grandeur et paradoxes du logiciel libre
Linux triomphe dans le monde des serveurs Internet (27 % du marché selon IDC) et les plus grands constructeurs, comme IBM, s’y sont convertis. L’architecture " LAMP " devient classique : Linux+Apache+MySQL+PHP/Perl. Mais la crise générale de la high-tech n’épargne pas les entreprises du secteur du libre. Selon le PDG de Linagora, A. Zapolsky, seules les " SS2L " (sociétés de service de logiciels libres) devraient avoir un avenir durable, le modèle économique du libre ne permettant pas de développement des éditeurs spécialisés. C’est ce qui explique l’opposition farouche de Microsoft dont le président, Steve Ballmer a déclaré, dans des propos rapportés par Le Monde du 26 décembre : "  Linux est un concurrent sérieux pour Microsoft. La question qui se pose à nous est de savoir comment apporter de la valeur face à ce phénomène ". Et quand les temps sont durs, le modèle traditionnel du logiciel propriétaire apparaît comme plus robuste et certainement plus rentable à certaines entreprises venues du libre comme Sistina, ou encore VA Linux. Les éditeurs poussent dans une autre voie, en tentant de rendre possible la prise de brevets sur le logiciel en Europe (elle est déjà possible aux USA).

La domotique

Eric GANGLOFF

La domotique, autrement dit l’informatique et les télécoms au service de la maison, on en parle depuis une quinzaine d’années au moins mais force est de constater que les réalisations tardent à venir au point que l’on pourrait croire le sujet condamné à figurer sur la liste de ces utopies qui périodiquement reviennent au premier plan.

Une absence de matériel standardisé, un câblage filaire plutôt complexe et encombrant, la multiplicité des protocoles tous propriétaires ont rebuté bien des utilisateurs pourtant séduits à priori par les applications prometteuses de la domotique. Sur ce point, les choses évoluent. L’utilisation potentielle du réseau électrique, l’émergence de nouvelles normes de réseau sans fil (802.11 par exemple), la généralisation de l’Internet conduisent à une structuration de l’environnement technique de la domotique qui pourrait lui donner une nouvelle chance.

Les personnes à mobilité réduite pourraient être les premières à bénéficier de ces avancées. A l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, des chercheurs de l’INT et l’INSERM développent avec succès des interfaces multifonctionnelles destinées à faciliter les déplacements des personnes handicapées dans une salle domotisée.

Pour le grand public, le marché de la domotique se précise. L’équipement croissant des foyers en moyens informatiques et audiovisuels laisse entrevoir des besoins de mise en réseau de tous ces appareils pour le partage de ressources communes (scanner, imprimantes, etc.) ainsi que l’accès extérieur via le modem. Les commandes à distance (arrosage, chauffage), la vidéo surveillance sont autant d’applications facilitées par la généralisation de l’Internet.

La création de nombreuses entreprises positionnées sur ce créneau témoigne incontestablement du second souffle de la domotique. Ainsi la jeune société Vigivision qui s’est positionnée sur le créneau de la surveillance à distance. Le site du client est surveillé par des minicaméras et des capteurs. Les images sont envoyées et hébergées sur le site Vigivision. En cas d’intrusion le propriétaire est prévenu sur son portable par un message SMS. Il peut alors consulter les images et décider de la pertinence d’une intervention.

Le frémissement du marché n’a pas échappé à Bill Gates. " Nous entrons dans la décennie de la domotique " a professé le patron de Microsoft en annonçant la création d’une division e-home. Le marché serait estimé 2 milliards d’Euros à l’horizon 2005 selon la revue Domotique News.

La balle est donc désormais dans le camp des concepteurs et des équipementiers. Les applications se devront d’être attrayantes et la mise en œuvre aussi simple que possible. Le risque est grand en effet de décourager à nouveau les clients potentiels de la maison communicante. Chacun devra garder à l’esprit que la domotique doit avant tout simplifier la vie domestique et non pas remplacer une corvée par une autre.

Les réseaux de stockage

Eric GANGLOFF

Le volume des données échangées connaît depuis quelques mois une inflation constante. Les transactions sur Internet, la numérisation croissante des images fixes ou animées nécessitent des bandes passantes de plus en plus importantes. Dans un contexte toujours plus concurrentiel, l’utilisation et l’accès à ces données devient un atout de premier ordre pour la satisfaction de clients de plus en plus exigeants.

Par ailleurs, les déploiements massifs de fibres réalisés ces dernières années ont conduit à une surabondance en capacité de transport dans les grands réseaux. Cette bande passante en excès peut être utilisée pour la consultation à distance. Elle offre ainsi aux opérateurs un nouveau débouché pour rentabiliser des tuyaux de transmission hypertrophiés, aussi assiste-t-on ces derniers temps à l’émergence d’un nouveau marché, celui du stockage à distance. Des sites abritant de véritables " silos de données " peuvent ainsi être accessibles aux entreprises

Pour une entreprise confrontée aux exigences d’un volume de données à stocker en croissance exponentielle, la mise en place d’un stockage décentralisé constitue désormais un choix stratégique majeur. Les avantages de cette solution sont nombreux. Elle permet de limiter le matériel immobilisé à cet effet, elle supprime les coûts d’administration liés à cette activité et elle offre l’avantage d’une gestion sécurisée.

Les SAN (Storage Area Networks) sont basés sur le protocole Fiber Channel. La technologie optique qui en constitue un élément clé, prendra à l’avenir une place de plus en plus importante. La technique de multiplexage en longueur d’onde (WDM : Wavelength Division Multiplexing) présente l’avantage d’offrir une capacité sans commune mesure avec les techniques de transmission qui l’on précédée. Sa transparence vis à vis du format client permet de s’affranchir des problèmes d’interopérabilité. Le trafic est acheminé et configuré par les commutateurs puis transporté sur des longueurs dédiées du multiplex optique. Bientôt, des routeurs à matrice optique seront à même d’offrir la flexibilité et la faible latence que requièrent les applications de stockage.

Alors que les perspectives de croissance des secteurs informatique et télécom s’annoncent aujourd’hui moins prometteuses, le marché du stockage a incontestablement de beaux jours devant lui mais la concurrence s’annonce rude entre SSP (Storage Service Providers). ISP, opérateurs et constructeurs veulent y jouer un rôle.

En tout cas, la course au stockage des Zetta (1018), Exa (1021) ou Yottaoctets (1024), est bel et bien lancée.

Evolutions des réseaux : les défis de la mobilité

Pierre VINCENT

Réseaux sans fil
Face à l'augmentation des débits, à la généralisation de l'utilisation des réseaux et à l'émergence de besoins en terme de mobilité, les réseaux filaires représentent souvent un obstacle. Longtemps délaissés au stade de la recherche et de l'expérimentation, les transferts de données sur réseaux sans fil trouvent aujourd'hui un réel marché et sont voués à un fort développement, qu'il s'agisse des réseaux locaux sans fils, du réseau GSM et GPRS, des réseaux mobiles de troisième génération.

On distingue différents types de mobilité: macro et micro mobilité. La macro-mobilité de type " Mobile IP " assure la connexion d'ordinateurs portables à faible mobilité. La micro-mobilité des réseaux de télécommunications mobiles maintient la connexion de terminaux en mouvement.

Les communications sans fil comportent des aspects spécifiques, elles offrent des débits relativement faibles, avec des taux d'erreurs importants qui varient avec les perturbations de l'environnement, de plus le débit n'est pas symétrique. Selon que la mobilité concerne des terminaux spécifiques, des assistants personnels, des ordinateurs portables, la puissance de traitement et les capacités d'affichage des terminaux varient. Les petits terminaux posent des problèmes d'affichage spécifiques.

Le passage du mode circuit au mode paquet constitue une évolution importante des réseaux mobiles. Le mode paquet ouvert par GPRS, les réseaux de 3ème génération et les réseaux sans fil offrira l'accès Internet à un coût moindre. En général, les opérateurs téléphoniques contrôlent totalement leur réseau pour offrir le niveau de QOS et de sécurité qu'ils jugent adaptés, on parle d'un modèle walled garden par opposition au modèle ouvert du monde IP. L'approche ethernet sans fil semble plus simple car elle s'intègre dans le monde IP standard. De plus, la gestion de la mobilité est plus souple en mode datagramme qu'en mode circuit, car un changement de cellule ne requiert pas la mise à jour d'un circuit.

Ethernet sans fil
Les différentes variantes de la norme 802.11 concernent ethernet sans fil. Avec la généralisation de la commutation ethernet à tous les étages du réseau et le développement des liaisons point à point, le seul endroit où la possibilité de collision subsiste est la liaison sans fil. En effet, le support radio est partagé par tous les clients présents dans une zone donnée. Les notions qui existent pour le GSM et permettent le raccordement au réseau d'un client itinérant sont transposées à Internet avec une approche telles que celle d'IP mobile.

Pour utiliser un point d'accès, une station passe par les phases d'authentification et d'association. Les données échangées peuvent être cryptées à l'aide d'une clé WEP (Wired Equivalent Privacy). Lorsqu'une station est en mode économie d'énergie, il est possible que la base mémorise des données jusqu'au "réveil" de la station. Différents débits sont utilisables: 1 Mbps, 2 Mbps 5,5 Mbps, 11 Mbps. La portée du signal va jusqu'à 150 mètres en intérieur (indoor) et jusqu'à 500 mètres en extérieur (outdoor). La portée dépend de différents paramètres: débits, obstacles, puissance (100mW au maximum?).

IP Mobile
Il existe différentes possibilités de gestion des accès mobiles par IP. L'approche est différente selon que la mobilité envisagée comporte ou non le changement de zone dynamique (roaming).

La gestion de la mobilité sous IP distingue le réseau mère ou réseau de base, le réseau visité ou de rattachement et le mobile. La mobilité sous IP est gérée dans un mode de fonctionnement dit triangulaire. Les datagrammes destinés à un nœud mobile sont routés vers son réseau mère, identifié par l'adresse de réseau. Si le mobile n'est pas connecté à ce réseau de base, un agent intercepte les paquets et les envoie vers le réseau visité par le mobile le plus récemment signalé. Pour cet envoi le mode tunnel est utilisé, nous avons donc une encapsulation IP dans IP. Les paquets internes sont décapsulés et délivrés au mobile par le point d'extrémité du tunnel. Dans le sens inverse, les paquets émis par le mobile sont envoyés directement vers leur destinataire et routés normalement à travers Internet.

En cours de mobilité, le mode tunnel est utilisé car la conservation de l'adresse IP interne est nécessaire. Le changement d'adresse IP durant une connexion TCP bloquerait toutes les applications qui utilisent cette adresse.

La gestion de la mobilité se fait donc à l'aide d'un mécanisme de type redirection où l'ensemble des données émises passent par le réseau mère. Un nouveau circuit n'est pas établi entre la source et le récepteur, tout le flux effectue un détour. Chaque datagramme transite par le réseau de base. Ce détour semble a priori inutile. Cette façon de faire s'intègre cependant bien à l'approche non connectée d'IP, à la gestion des problèmes aux extrémités, à la volonté de ne rien modifier au niveau des équipements. En effet, une redirection permanente demande une mémorisation d'état dans le réseau contraire à la philosophie de l'Internet. Cette façon de rediriger prend en compte plus rapidement les changements de réseaux. En effet, la notification de changement à l'agent est prise en compte dès le datagramme qui suit cette notification.

Dans le cadre du routage triangulaire, le passage d'une cellule à l'autre se passe sans changement d'adresse pour le mobile puisque les datagrammes sont encapsulés. C'est l'enregistrement de la nouvelle adresse de rattachement qui permet la délivrance du datagramme au bon endroit. Ce changement d'adresse peut cependant donner lieu à une période où le mobile n'est pas joignable. Cette période se situe entre le moment où il quitte la zone précédente et le moment où l'adresse de la zone suivante est enregistrée dans le réseau mère. Par contre, le passage à une zone couverte par un autre opérateur requiert le changement d'adresse IP. De toute façon, même en mode vocal le hand-over entre opérateurs n'est pas supporté et la communication est coupée.

Adressage des terminaux
Il faut déterminer les protocoles à utiliser pour la gestion des adresses, le nommage, les méthodes d'accès et les protocoles (Wap, iMode, full IP sur réseau sans fil orienté téléphonie ou sur réseau local sans fil).

Le nombre important de terminaux prévus pose des problèmes de disponibilité d'adresses. Les opérateurs téléphoniques demandent par exemple un important pool d'adresses IP publiques pour le déploiement du réseau GPRS (Global Packet Radio Services). Ce réseau offre l'accès en mode paquet aux terminaux mobiles. Cette demande est-elle justifiée? Cette question comporte différents aspects: chaque terminal a t il besoin d'une adresse? Faut-il utiliser des adresses IPv4 ou IPv6? L'adresse est-elle publique ou privée? Comment gérer le passage du réseau GSM d'un opérateur à celui d'un autre opérateur (hand-over operator?). Le besoin d'adresse dépend des services utilisés. Les terminaux seront-ils appelés directement à l'aide de l'adresse IP ou bien celle-ci leur servira-t-elle uniquement pour des connexions sortantes? Les terminaux GSM sont des équipements légers et déployés à grande échelle sur un réseau important, le déploiement d'IPv6 devrait être d'abord validé sur des réseaux plus petits avant un déploiement généralisé. Le réseau d'un opérateur mobile ne devrait donc pas être le premier à expérimenter ce déploiement. Il semble que le principal usage soit l'appel émis depuis le terminal, à priori aucune connexion IP n'est établie depuis l'extérieur vers le terminal. L'adresse IP peut donc être distribuée par un serveur DHCP du réseau d’accueil au moment de la connexion. Il existe suffisamment d’adresses privées (RFC 1918) et cela simplifie les problèmes de routage qu’on connaîtrait avec des adresses publiques.

GPRS
L'accès en mode paquet aux réseaux mobiles GSM est déployé dans le cadre de GPRS (General Packet Radio Service), puis de l'UMTS. Ce mode d'accès est plus efficace pour l'allocation de la ressource radio, en effet, il n'utilise les ressources qu'aux instants de transmission effective de données et permet l'allocation simultanée de plusieurs canaux à un terminal pour résorber les pics de trafic. Les débits GPRS varient donc selon que la communication utilise un ou plusieurs canaux. Le débit sera encore supérieur dans le cadre des réseaux mobiles de troisième génération ou UMTS.

Pour les connexions en mode paquet du type GPRS, l'allocation d'adresse peut être statique ou dynamique. Une adresse statique est allouée de façon permanente, autant d'adresses que de terminaux sont donc nécessaires. Dans ce cas, vu le nombre important d'adresses nécessaires, il est préférable de fonctionner en adresses privées. Une allocation permanente à la mise sous tension pour la durée de connexion du terminal est moins gourmande en adresses. L'adresse privée est découpable en plages: cellule, station.

L'organisation du monde GPRS est complexe, elle comprend différents types d'équipements, les équipements du réseau GSM ainsi que ceux du monde GPRS. Une connexion IP entre un terminal et un serveur n'est pas directement établie de bout en
bout, il s'agit plutôt de l'aboutement de deux connexions IP. L'une entre le terminal et l’équipement intermédiaire GSS, l'autre entre le GSS et le serveur, un tel mode de fonctionnement empêche la mise en œuvre directe des protocoles de la famille IP.

Organisation du réseau
Que ce soit pour WAP, GPRS, ou UMTS les opérateurs de télécommunications construisent une architecture d'interconnexion avec Internet spécifique. Ainsi, pour Wap une pile de protocole particulière est utilisée et des passerelles sont nécessaires pour passer du monde Internet au monde IP. Pour le GPRS, il s'agit de deux mondes IP qui cohabitent et dialoguent par l'intermédiaire de passerelles. Pour l'UMTS, différentes alternatives existent, il est souhaitable que les terminaux soient vus comme des terminaux IP classiques. Le retranchement des opérateurs et constructeurs de
télécommunications derrière une muraille dite " Golden Wallet " est justifié par la spécificité du monde des télécommunications et des communications sans fil.

Une approche alternative consiste à introduire des passerelles d'adaptation du type contrôle de flux TCP ou UDP pour adapter les deux mondes. Le challenge est de laisser ouverte la spécification de ces passerelles pour permettre leur évolution au fur et à mesure des progrès dans la compréhension des communications. Le réseau mobile est organisable comme un support d'accès à IP. Dans ce cas, chaque station de base comporte un concentrateur d'accès. Ce concentrateur est relié à Internet. La voix est transportée vers le réseau téléphonique ou vers Internet en mode voix sur IP. Le backbone de l'opérateur est basé sur IP et ethernet haut débits.

Par ailleurs, l'utilisation des réseaux ethernet sans fil (802.11a et b) se développe. Certaines installations (hôtels, aéroports, particuliers) autorisent la connexion d'hôtes de passage. Alors que les réseaux mobiles explosent et que de grands travaux sont lancés autour des technologies GPRS et UMTS, cette technologie, considérée comme la base des réseaux de quatrième génération, pourrait bien faire son nid. Ethernet sans fil offre le même principe de fonctionnement que le réseau GSM avec des stations de base auxquelles se raccordent les équipements mobiles. Son avantage est d'employer moins d'équipements intermédiaires spécifiques que les réseaux GSM. Les équipements employés se restreignent à une carte sur la station et à une borne de réception sans fil. La mobilité est gérable par IP mobile. La liaison radio peut être sécurisée par cryptage. Le fonctionnement en mode IP est direct et sans intermédiaire, il autorise l'utilisation des protocoles de la famille IP tels que: IP mobile, DHCP pour la distribution dynamique d'adresses, IPsec pour la sécurité. En dehors des hôtels et aéroports, le déploiement de bornes de réseaux sans fil connectés à des accès ADSL de particuliers ouvre la perspective de réseaux à accès libre basés sur le bon vouloir des individus, dans ce cas, on parle de réseaux communautaires. Leur déploiement dépend cependant d'aspects réglementaires. Cette perspective est d'autant plus intéressante que des versions d'ethernet sans fil à des débits supérieurs sont prévues.

La généralisation de la commutation introduit une hiérarchie de gestion des datagrammes en circulation: diffusion ethernet, commu-tation ethernet, routage interne à un opérateur ou un réseau d'entreprise, routage externe. Il est souvent question de prééminence entre informatique et télécommunications. La technologie IP qui supporte une part croissante du trafic devient prédominante. La même règle s'applique aux technologies réseaux locaux qui voient le standard ethernet s'imposer, peut-être en sera-t-il de même pour les réseaux distants? Par ailleurs, les mécanismes de commutation se développent aux niveaux supérieurs: interconnexion, transport et application.

 
 
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