| |
Cette
année, nous avons regroupé les équipementiers
télécoms, l’électronique et l’informatique.
A l’exception des éditeurs de logiciel, ils subissent tous
la crise et appliquent des recettes similaires pour s’en sortir.
Nous entamons ce chapitre par une analyse du développement
accéléré de la sous-traitance dans ces trois
domaines, puis nous revenons sur les grands événements
de l’année. Ce chapitre est complété par deux
exposés plus techniques, l’un sur la domotique, l’autre sur
l’évolution des réseaux. Là encore, on constate
que la frontière entre électronique, informatique
et télécoms est devenue largement artificielle.
La
montée de la sous-traitance
Michel
BERNE
Les
industriels des technologies de l’information ont particulièrement
souffert cette année. Ils ont cherché systématique-ment
à réduire leurs coûts et plus encore, leur sensibilité
à la conjoncture. Le développement de la sous-traitance
qui en résulte révèle un nouveau visage de
l’industrie.
Deux
phénomènes se conjuguent pour expliquer la très
forte hausse de la sous-traitance constatée cette année,
qui poursuit une tendance amorcée il y a quelques temps.
D’une part, la crise rend attirantes les stratégies d’externalisation,
qui vont faire reposer sur des partenaires la charge de s’adapter
à une demande fluctuante (et on sait que c’est encore plus
difficile à la baisse qu’à la hausse). On peut également
penser que les contraintes environnementales et sociales qui pèsent
de plus en plus sur les fabrications électroniques poussent
les industriels à se défaire de ces encombrantes responsabilités.
|
Flextronics
|
|
C’est
sans doute une des sociétés les plus connues
dans le monde de l’EMS. Créée dans la
Silicon Valley en 1969, par John McKenzie qui venait
de perdre son travail, elle a d’abord prospéré
aux Etats-Unis avant que la crise du début des
années 1990 ne la menace. Elle s’est alors recentrée
autour de ses usines asiatiques, le siège étant
fixé à Singapour.
Flextronics
est dirigée par Michael Marks depuis ce moment
et a connu une croissance accélérée.
Rien qu’en 2001, elle a signé des accords stratégiques
avec, ou repris des usines à Ericsson, Alcatel,
Xerox, HP et Orbiant (Telia).
La
flexibilité de l’outil de production est la clé
de la survie dans le métier d’EMS. Ainsi, Flextronics
possède une usine en Lorraine, à Lunéville,
qu’elle s’apprête à fermer.
|
|
D’autre
part, l’ère des industriels qui savaient tout faire
et fabriquaient tous les composants des matériels qu’ils
vendaient est révolue : comme dans l’automobile,
on voit clairement apparaître des concepteurs, des fabricants
de composants, des assembleurs. Les sous-traitants, bénéficiant
de coûts plus bas et moins liés à un secteur
particulier, peuvent espérer mieux se sortir d’affaire
quand un domaine d’activité connaît des problèmes
tandis que les équipementiers peuvent se concentrer
sur leur cœur de métier, la conception, la distribution
et éventuellement la fabrication de composants stratégiques.
Ainsi, Alcatel a engagé une réorganisation de
ce type en annonçant la cession d’ici à fin
2002 de cinquante usines (dont trois en France). Le PDG Serge
Tchuruk a alors parlé " d’externalisation
de son activité industrielle ".
|
|
Ces
EMS (Electronic Manufacturing Services) sont présents
dans de nombreux segments allant de du prototypage à
la logistique de distribution en passant par la fabrication
de composants, l’assemblage et les tests. Ils grandissent
très vite, liés à un mouvement général
d’externalisation de la part des OEM (Original Equipment Manufacturer) :
le marché mondial dépasserait les 100 milliards
de dollars et augmenterait de 25 % par an et certaines entreprises,
comme Solectron, ont connu ces dernières années
des taux de croissance de 45% par an.
|
Quelques
leaders du monde de l’EMS
|
|
Entreprise
|
Siège
|
C.A.2000
ou 2001 en milliards de $
|
Nombre
d’usines ou de pays
|
Employés
|
|
Solectron
|
Milpitas
(Ca)
|
18,1
|
22
pays
|
60000
|
|
Flextronics
|
Singapour
|
12,0
|
28
pays
|
70000
|
|
Celestica
|
Toronto
|
9,8
|
41
usines
|
32000
|
|
SCI
*
|
Huntsville
(Ala)
|
8,4
|
39
usines
|
31000
|
|
Sanmina
*
|
San
Jose (Ca)
|
3,9
|
50
usines
|
|
|
Jabil
|
St
Petersburg (Fla)
|
4,3
|
21
usines
|
19000
|
|
VTech
|
Hong
Kong
|
1,3
|
13
pays
|
20000
|
* SCI et Sanmina sont en
train de fusionner.
Source : compagnies |
Le
marché n’est toutefois pas pour les pieds tendres :
pression des fournisseurs sur les prix et les délais
(une des entreprises du secteur s’appelle, justement, TTM,
pour Time To Market !), violence des cycles. Ainsi,
au 3ème trimestre 2001, la société
canadienne C-Mac a vu ses ventes baisser de 40 % par rapport
au 3ème trimestre 2000. Enfin la gestion
de ces ensembles est compliquée – GRH, finance, fiscalité,
approvisionnement et logistique, qualité sont à
optimiser dans des dizaines d’usines dans le monde entier.
|
|
Par
ailleurs, ils se concentrent rapidement donnant naissance
à des géants planétaires, bien qu’aux
noms généralement connus des seuls spécialistes.
Une exception : VTech, société de Hong
Kong qui vend aussi directement au grand public sous sa marque
des produits électroniques éducatifs.
|
Les
équipementiers en enfer
Michel
BERNE
Tel
qui rit vendredi dimanche pleurera ! Après avoir collectionné
les capitalisations et les ventes records en 2000, les équipementiers
ont connu une année 2001 extrêmement éprouvante,
les plus grands d’entre eux étant au bord du gouffre. Les
aspects " emploi " ayant été traités
dans un chapitre spécial et la montée de la sous-traitance
dans le paragraphe précédent, on ne trouvera ici qu’un
bref résumé de la situation.
Les
grands équipementiers des télécoms ont été
pris à revers par le retournement de conjoncture. Ils souffrent
d’avoir trop vendu ces dernières années aux nouveaux
entrants (pas toujours bien solvables, et souvent à crédit
– on a parlé de crédit fournisseur allant jusqu’à
200 % du montant de certaines ventes). Par un effet classique, bien
connu dans les cycles économiques, ils sont confrontés
à un arrêt extrêmement brutal des achats des
leurs clients, qui se mettent même à revendre certains
équipements d’occasion…
Ils
souffrent aussi d’avoir acheté de nombreuses entreprises
à des tarifs astronomiques. Les dettes, ou dans les meilleurs
cas les moins-values sur ces acquisitions, plombent leurs comptes.
Nortel annonce avoir ainsi rayé d’un trait de plume 12,3
milliards de dollars au deuxième trimestre 2001. D’où
les annonces de licenciements qui se succèdent. Même
Cisco, dont la croissance phénoménale et stable depuis
des années faisait l’envie de la profession, décroche.
Après 2,7 milliards de dollars de pertes au premier trimestre,
la société a annoncé 8500 suppressions de poste
en avril et a connu une réorganisation majeure en août.
Mais à partir de l’été, les grands du secteur
se remettent à acheter des start-ups car elles ont un besoin
insatiable de nouvelles technologies.
Dans
cette situation catastrophique, les équipementiers cherchent
des méthodes pour ne pas trop réduire le spectre de
leurs activités tout en minorant leurs coûts. Nous
venons de voir comment le recours à la sous-traitance permet
de mieux gérer les à-coups de la conjoncture ;
les alliances sont une autre possibilité. Ainsi, Sony et
Ericsson font cause commune dans le domaine des terminaux mobiles ;
Alcatel et Fujitsu ont créé en commun Evolium pour
les matériels UMTS. Alcatel a même tenté de
racheter Lucent, en perdition, en mai. L’affaire ne s’est pas faite,
trop compliquée et trop risquée. Mais on sait que
les alliances sont fragiles. Ainsi Siemens et Toshiba, qui avaient
envisagé une alliance de ce type pour les terminaux 3G ont
décidé de se séparer.
Résultats
des principaux équipementiers télécoms
en 2001
|
Milliards
d’Euros
|
1er
trimestre
|
2ème
trimestre
|
3ème
trimestre
|
|
Alcatel
|
0,2
|
-
3,1
|
-
0,6
|
|
Cisco
|
-
3,0
|
0
|
0,3
|
|
Ericsson
|
0
|
-
1,5
|
0,4
|
|
Lucent
|
-
4,1
|
-
3,6
|
-
18,0
|
|
Motorola
|
-
0,6
|
-
0,8
|
-
1,6
|
|
Nokia
|
1,0
|
0,8
|
0,8
|
|
Nortel
|
-
2,9
|
-
21,6
|
-
3,9
|
Source : compagnies.
Remarque : résultats net (après impôt),
en général as reported, mais dans quelques
cas pro forma. Incluent les éléments exceptionnels. |
Le
tableau à gauche montre l’ampleur des dégâts
financiers. Même s’il est difficile de déterminer
exactement le montant des pertes à cause de la disparité
des pratiques de reporting financier et de l’énormité
des éléments exceptionnels, il est clair que
certaines entreprises sont en perdition en 2001.
|
|
Chez
les " petites " on peut citer Marconi,
qui a fait les titres de la presse toute l’année et
chez les " grandes " Lucent dont les pertes
nettes (pour l’année se terminant le 30/9/2001) se
montent à 16,2 milliards de dollars sur des ventes
de 21,3 milliards de dollars, soit 76 % du chiffre d’affaires !
Le résultat n’est guère meilleur en prenant
en compte seulement le résultat d’exploitation (- 14,2
milliards de dollars).
Nokia est le seul équipementier qui se sort raisonnablement
bien de 2001. Avec une part de marché (au 3ème
trimestre) de 34 % dans les mobiles et une image de battant,
la compagnie finlandaise finira l’année avec des profits,
même si le chiffre d’affaires est en recul.
|

Année
noire pour la micro-électronique
Michel
BERNE
On
savait que l’industrie des semi-conducteurs était cyclique,
mais on n’avait rarement vu ça : le marché aurait
baissé de 33 % en 2001 selon Gartner (152 milliards de dollars
en 2001 contre 227 en 2000). Intel maintient sa part de marché
(à plus de 15 %), suivi de Toshiba et STM, distants dauphins.
Toshiba devrait céder à Infineon (Siemens) son activité
sur le très difficile marché des mémoires DRAM.
La situation générale est si grave que Pasquale Pistorio,
PDG de STM va reculer son départ en retraite pour faire face
à la crise. Et Intel, qui avait tenté de se diversifier
dans l’électronique grand public a décidé d’arrêter
les frais. Les prix plongent : le Pentium 4 à 1,4 GHz
coûtait 574 dollars au 1er janvier, et seulement
193 dollars le 7 novembre 2001.
Les
causes de cette situation sont simples : les grands marchés
(PC, mobiles…) sont en train de se saturer et en raison de la mauvaise
conjoncture économique, les clients repoussent leurs achats.
De fait, les écrans plats et dernières versions des
matériels n’apparaissent pas indispensables ! Mais une
amélioration se dessine en fin d’année, avec la hausse
du prix des mémoires DRAM, indicateur très sensible
du marché.
La
crise n’a pas épargné non plus Gemplus, champion de
la croissance ces dernières années. Prise à
revers par le retournement du marché des mobiles, l’entreprise
leader du marché de la carte à puce a très
mal vécu les changements de management qui ont accompagné
son introduction en bourse et les divisions de son actionnariat
(famille Quandt (BMW), fonds de pension américain TPG). Fait
rare, le comité d’entreprise a assigné en justice
la direction et obtenu la convocation d’une assemblée générale
des actionnaires. Le président Antonio Perez, ancien de Hewlett-Packard,
soupçonné en plus d’abus de biens sociaux, voit ses
méthodes et sa stratégie contestée et doit
quitter son poste à la fin de l’année.

L’industrie
du PC perte de vitesse
Michel
BERNE
Alors
que le PC fêtait ses 20 ans cette année, avec plus
de 500 millions de machines en service ans le monde, pour la première
fois on a constaté une chute des ventes (heureusement limitée
en volume à 1,6 % selon IDC, mais de 13 % aux Etats-Unis).
Aux
Etats-Unis, les prix réels des ordinateurs, qui avaient augmenté
pendant longtemps (sans doute à cause de la surchauffe du
secteur) ont perdu 34 % en 6 mois depuis juillet 2001. Les prix
des composants ont baissé de 1 % par semaine… Cette information
montre l’ampleur des changements en cours, explique la nervosité
de court terme des acteurs, mais est plutôt de bon augure
pour la suite, car cette chute pourrait bien faire repartir la demande.
Malgré
tout le marché continue à se développer du
côté des portables et surtout des ultra-minces. Le
marché avait été initié par Vaio de
Sony.
Devant
les défis qui les attendent, HP et Compaq, tous les deux
en perte de vitesse, décident de fusionner. Cette manœuvre
est mal reçue par les analystes et il est difficile de dire,
au début de 2002, quel succès elle aura. Même
la famille Hewlett, éprouvée par la mort cette année
du père fondateur, Bill Hewlett, n’approuve pas la fusion…
|
Les
autres constructeurs sont également atteints comme
nous l’avons vu dans le chapitre consacré à
l’emploi.
|
Un
tandem qui prospère en des temps difficiles
|
|
Dell
est devenu le premier dans la micro-informatique cette année.
Son organisation – construction des PC à la demande
– lui assure une réactivité sans égale.
Au 2ème trimestre 2001, Dell avait une part
de marché mondiale de 13,1 %, devant Compaq (11,9 %)
selon IDC.
Et
Quanta, constructeur taiwanais, fait mieux que résister
à la crise, il en profite. Doté de chaînes
de productions performantes, de coûts bas et extrêmement
bien géré, Quanta fabrique des PC pour les grandes
marques. Dell lui confie 55 % de sa production de portables.
Dirigé par le légendaire Barry Lam, la société
est devenue en 2001 le premier fabricant de portables mondial
devant Toshiba. Chiffre d’affaires prévu en 2001 :
3,1 milliards de dollars.
|
|
Apple panse
ses plaies après l’échec du Macintosh " Cube " ,
trop cher et miné par les problèmes techniques,
mais sort en octobre le très remarqué iPod,
baladeur numérique MP3 qui stocke environ 1000 morceaux
musicaux. Avec cet appareil, Apple sort de son champ traditionnel
de l’informatique et entre dans l’électronique grand
public. Apple, qui résiste toujours face au monde Windows
(c’est-à-dire, 95 % du marché…) développe
ainsi une famille d’applications multimédias conviviales
et performantes : iTunes, iMovie, iDVD, iPod qui permettent
un dialogue facile entre les multiples appareils numériques
domestiques.
|
|
Le
mariage des télécoms, de l’informatique et de
l’électronique (grand public ou pas) donc est en route
comme le montre l’exemple précédent. Le marché
des PDA est aussi intéressant, avec une redistribution
des cartes : Psion abandonne le segment grand public,
Palm a la moitié du marché mais ne se porte
pas bien et souffre de la montée des PDA du monde Microsoft
(comme le iPaq de Compaq). Les magnétoscopes et décodeurs
se dotent de disques durs. Il n’est pas innocent également
que Microsoft investisse dans les consoles de jeu et autres
accessoires matériels.
|
Microsoft
2001
est encore une année contrastée pour Microsoft :
le feuilleton judiciaire continue, mais les menaces les plus sérieuses
s’éloignent. Et dans le même temps le géant
de Redmond lance deux nouveaux produits : d’abord la version
XP de Windows, unanimement jugée plus stable et plus simple
que les précédentes. A priori, elle ne devrait pas
valoir à Microsoft de nouveaux ennuis judiciaires et on peut
lui prédire, à fin 2001, un succès raisonnable ;
ensuite la console de jeu X-Box dont nous reparlerons plus loin.
La
société ne sera pas démantelée. Le juge
Jackson qui avait prononcé cette sentence est dessaisi de
l’affaire et son jugement a été partiellement annulé.
Un accord est trouvé avec le Ministère de la Justice
en septembre et un projet d’accord est proposé un peu plus
tard mais il est contesté par 9 des 18 états américains
plaignants. Microsoft tente de se débarrasser d’un second
procès initié par les consommateurs américains
en promettant d’équiper gratuitement les écoles américaines
les plus pauvres pour un montant de 1,1 milliard de dollars. La
proposition est également contestée. Pendant ce temps,
la Commission européenne lance une enquête sur l’entreprise,
toujours au sujet des liens entre applications.
Autres
nouvelles
Quant
à Bull, la société va de mal en pis :
petit à petit le groupe vend toutes ses activités
rentables. Ses activités de conseil sont rebaptisées
Integris et partiellement vendues à Steria. A la fin de l’année,
le PDG Guy de Panafieu démissionne et l’état verse
une avance d’actionnaire de 100 millions d’Euros. Pierre Bonelli,
ancien de la SEMA est alors nommé PDG.
Les
grandes alliances décidées en 2000 se révèlent
moins attirantes maintenant dans une conjoncture de crise. Ainsi,
le mariage de Cap Gemini avec Ernst & Young a paradoxalement
fragilisé les deux partenaires : en alourdissant la
part américaine du groupe pour Cap Gemini et en marginalisant
(relativement) le cœur de métier de Ernst & Young. Le
groupe a annoncé 5 400 licenciements, soit 9 % des effectifs.
Grandeur
et paradoxes du logiciel libre
Linux
triomphe dans le monde des serveurs Internet (27 % du marché
selon IDC) et les plus grands constructeurs, comme IBM, s’y sont
convertis. L’architecture " LAMP " devient classique :
Linux+Apache+MySQL+PHP/Perl. Mais la crise générale
de la high-tech n’épargne pas les entreprises du secteur
du libre. Selon le PDG de Linagora, A. Zapolsky, seules les " SS2L "
(sociétés de service de logiciels libres) devraient
avoir un avenir durable, le modèle économique du libre
ne permettant pas de développement des éditeurs spécialisés.
C’est ce qui explique l’opposition farouche de Microsoft dont le
président, Steve Ballmer a déclaré, dans des
propos rapportés par Le Monde du 26 décembre :
" Linux est un concurrent sérieux pour Microsoft.
La question qui se pose à nous est de savoir comment apporter
de la valeur face à ce phénomène ".
Et quand les temps sont durs, le modèle traditionnel du logiciel
propriétaire apparaît comme plus robuste et certainement
plus rentable à certaines entreprises venues du libre comme
Sistina, ou encore VA Linux. Les éditeurs poussent dans une
autre voie, en tentant de rendre possible la prise de brevets sur
le logiciel en Europe (elle est déjà possible aux
USA).

La
domotique
Eric
GANGLOFF
La
domotique, autrement dit l’informatique et les télécoms
au service de la maison, on en parle depuis une quinzaine d’années
au moins mais force est de constater que les réalisations
tardent à venir au point que l’on pourrait croire le sujet
condamné à figurer sur la liste de ces utopies qui
périodiquement reviennent au premier plan.
Une
absence de matériel standardisé, un câblage
filaire plutôt complexe et encombrant, la multiplicité
des protocoles tous propriétaires ont rebuté bien
des utilisateurs pourtant séduits à priori par les
applications prometteuses de la domotique. Sur ce point, les choses
évoluent. L’utilisation potentielle du réseau électrique,
l’émergence de nouvelles normes de réseau sans fil
(802.11 par exemple), la généralisation de l’Internet
conduisent à une structuration de l’environnement technique
de la domotique qui pourrait lui donner une nouvelle chance.
Les
personnes à mobilité réduite pourraient être
les premières à bénéficier de ces avancées.
A l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, des chercheurs
de l’INT et l’INSERM développent avec succès des interfaces
multifonctionnelles destinées à faciliter les déplacements
des personnes handicapées dans une salle domotisée.
Pour
le grand public, le marché de la domotique se précise.
L’équipement croissant des foyers en moyens informatiques
et audiovisuels laisse entrevoir des besoins de mise en réseau
de tous ces appareils pour le partage de ressources communes (scanner,
imprimantes, etc.) ainsi que l’accès extérieur via
le modem. Les commandes à distance (arrosage, chauffage),
la vidéo surveillance sont autant d’applications facilitées
par la généralisation de l’Internet.
La
création de nombreuses entreprises positionnées sur
ce créneau témoigne incontestablement du second souffle
de la domotique. Ainsi la jeune société Vigivision
qui s’est positionnée sur le créneau de la surveillance
à distance. Le site du client est surveillé par des
minicaméras et des capteurs. Les images sont envoyées
et hébergées sur le site Vigivision. En cas d’intrusion
le propriétaire est prévenu sur son portable par un
message SMS. Il peut alors consulter les images et décider
de la pertinence d’une intervention.
Le
frémissement du marché n’a pas échappé
à Bill Gates. " Nous entrons dans la décennie
de la domotique " a professé le patron de Microsoft
en annonçant la création d’une division e-home.
Le marché serait estimé 2 milliards d’Euros à
l’horizon 2005 selon la revue Domotique News.
La
balle est donc désormais dans le camp des concepteurs et
des équipementiers. Les applications se devront d’être
attrayantes et la mise en œuvre aussi simple que possible. Le risque
est grand en effet de décourager à nouveau les clients
potentiels de la maison communicante. Chacun devra garder à
l’esprit que la domotique doit avant tout simplifier la vie domestique
et non pas remplacer une corvée par une autre.

Les
réseaux de stockage
Eric
GANGLOFF
Le
volume des données échangées connaît
depuis quelques mois une inflation constante. Les transactions sur
Internet, la numérisation croissante des images fixes ou
animées nécessitent des bandes passantes de plus en
plus importantes. Dans un contexte toujours plus concurrentiel,
l’utilisation et l’accès à ces données devient
un atout de premier ordre pour la satisfaction de clients de plus
en plus exigeants.
Par
ailleurs, les déploiements massifs de fibres réalisés
ces dernières années ont conduit à une surabondance
en capacité de transport dans les grands réseaux.
Cette bande passante en excès peut être utilisée
pour la consultation à distance. Elle offre ainsi aux opérateurs
un nouveau débouché pour rentabiliser des tuyaux de
transmission hypertrophiés, aussi assiste-t-on ces derniers
temps à l’émergence d’un nouveau marché, celui
du stockage à distance. Des sites abritant de véritables
" silos de données " peuvent ainsi être
accessibles aux entreprises
Pour
une entreprise confrontée aux exigences d’un volume de données
à stocker en croissance exponentielle, la mise en place d’un
stockage décentralisé constitue désormais un
choix stratégique majeur. Les avantages de cette solution
sont nombreux. Elle permet de limiter le matériel immobilisé
à cet effet, elle supprime les coûts d’administration
liés à cette activité et elle offre l’avantage
d’une gestion sécurisée.
Les
SAN (Storage Area Networks) sont basés sur le protocole
Fiber Channel. La technologie optique qui en constitue un élément
clé, prendra à l’avenir une place de plus en plus
importante. La technique de multiplexage en longueur d’onde (WDM :
Wavelength Division Multiplexing) présente l’avantage
d’offrir une capacité sans commune mesure avec les techniques
de transmission qui l’on précédée. Sa transparence
vis à vis du format client permet de s’affranchir des problèmes
d’interopérabilité. Le trafic est acheminé
et configuré par les commutateurs puis transporté
sur des longueurs dédiées du multiplex optique. Bientôt,
des routeurs à matrice optique seront à même
d’offrir la flexibilité et la faible latence que requièrent
les applications de stockage.
Alors
que les perspectives de croissance des secteurs informatique et
télécom s’annoncent aujourd’hui moins prometteuses,
le marché du stockage a incontestablement de beaux jours
devant lui mais la concurrence s’annonce rude entre SSP (Storage
Service Providers). ISP, opérateurs et constructeurs
veulent y jouer un rôle.
En
tout cas, la course au stockage des Zetta (1018), Exa
(1021) ou Yottaoctets (1024), est bel et bien
lancée.
Evolutions
des réseaux : les défis de la mobilité
Pierre
VINCENT
Réseaux
sans fil
Face
à l'augmentation des débits, à la généralisation
de l'utilisation des réseaux et à l'émergence
de besoins en terme de mobilité, les réseaux filaires
représentent souvent un obstacle. Longtemps délaissés
au stade de la recherche et de l'expérimentation, les transferts
de données sur réseaux sans fil trouvent aujourd'hui
un réel marché et sont voués à un fort
développement, qu'il s'agisse des réseaux locaux sans
fils, du réseau GSM et GPRS, des réseaux mobiles de
troisième génération.
On
distingue différents types de mobilité: macro et micro
mobilité. La macro-mobilité de type " Mobile
IP " assure la connexion d'ordinateurs portables à
faible mobilité. La micro-mobilité des réseaux
de télécommunications mobiles maintient la connexion
de terminaux en mouvement.
Les
communications sans fil comportent des aspects spécifiques,
elles offrent des débits relativement faibles, avec des taux
d'erreurs importants qui varient avec les perturbations de l'environnement,
de plus le débit n'est pas symétrique. Selon que la
mobilité concerne des terminaux spécifiques, des assistants
personnels, des ordinateurs portables, la puissance de traitement
et les capacités d'affichage des terminaux varient. Les petits
terminaux posent des problèmes d'affichage spécifiques.
Le
passage du mode circuit au mode paquet constitue une évolution
importante des réseaux mobiles. Le mode paquet ouvert par
GPRS, les réseaux de 3ème génération
et les réseaux sans fil offrira l'accès Internet à
un coût moindre. En général, les opérateurs
téléphoniques contrôlent totalement leur réseau
pour offrir le niveau de QOS et de sécurité qu'ils
jugent adaptés, on parle d'un modèle walled garden
par opposition au modèle ouvert du monde IP. L'approche ethernet
sans fil semble plus simple car elle s'intègre dans le monde
IP standard. De plus, la gestion de la mobilité est plus
souple en mode datagramme qu'en mode circuit, car un changement
de cellule ne requiert pas la mise à jour d'un circuit.
Ethernet
sans fil
Les
différentes variantes de la norme 802.11 concernent ethernet
sans fil. Avec la généralisation de la commutation
ethernet à tous les étages du réseau et le
développement des liaisons point à point, le seul
endroit où la possibilité de collision subsiste est
la liaison sans fil. En effet, le support radio est partagé
par tous les clients présents dans une zone donnée.
Les notions qui existent pour le GSM et permettent le raccordement
au réseau d'un client itinérant sont transposées
à Internet avec une approche telles que celle d'IP mobile.
Pour
utiliser un point d'accès, une station passe par les phases
d'authentification et d'association. Les données échangées
peuvent être cryptées à l'aide d'une clé
WEP (Wired Equivalent Privacy). Lorsqu'une station est en mode économie
d'énergie, il est possible que la base mémorise des
données jusqu'au "réveil" de la station. Différents
débits sont utilisables: 1 Mbps, 2 Mbps 5,5 Mbps, 11 Mbps.
La portée du signal va jusqu'à 150 mètres en
intérieur (indoor) et jusqu'à 500 mètres
en extérieur (outdoor). La portée dépend
de différents paramètres: débits, obstacles,
puissance (100mW au maximum?).
IP
Mobile
Il
existe différentes possibilités de gestion des accès
mobiles par IP. L'approche est différente selon que la mobilité
envisagée comporte ou non le changement de zone dynamique
(roaming).
La
gestion de la mobilité sous IP distingue le réseau
mère ou réseau de base, le réseau visité
ou de rattachement et le mobile. La mobilité sous IP est
gérée dans un mode de fonctionnement dit triangulaire.
Les datagrammes destinés à un nœud mobile sont routés
vers son réseau mère, identifié par l'adresse
de réseau. Si le mobile n'est pas connecté à
ce réseau de base, un agent intercepte les paquets et les
envoie vers le réseau visité par le mobile le plus
récemment signalé. Pour cet envoi le mode tunnel est
utilisé, nous avons donc une encapsulation IP dans IP. Les
paquets internes sont décapsulés et délivrés
au mobile par le point d'extrémité du tunnel. Dans
le sens inverse, les paquets émis par le mobile sont envoyés
directement vers leur destinataire et routés normalement
à travers Internet.
En
cours de mobilité, le mode tunnel est utilisé car
la conservation de l'adresse IP interne est nécessaire. Le
changement d'adresse IP durant une connexion TCP bloquerait toutes
les applications qui utilisent cette adresse.
La
gestion de la mobilité se fait donc à l'aide d'un
mécanisme de type redirection où l'ensemble des données
émises passent par le réseau mère. Un nouveau
circuit n'est pas établi entre la source et le récepteur,
tout le flux effectue un détour. Chaque datagramme transite
par le réseau de base. Ce détour semble a priori inutile.
Cette façon de faire s'intègre cependant bien à
l'approche non connectée d'IP, à la gestion des problèmes
aux extrémités, à la volonté de ne rien
modifier au niveau des équipements. En effet, une redirection
permanente demande une mémorisation d'état dans le
réseau contraire à la philosophie de l'Internet. Cette
façon de rediriger prend en compte plus rapidement les changements
de réseaux. En effet, la notification de changement à
l'agent est prise en compte dès le datagramme qui suit cette
notification.
Dans
le cadre du routage triangulaire, le passage d'une cellule à
l'autre se passe sans changement d'adresse pour le mobile puisque
les datagrammes sont encapsulés. C'est l'enregistrement de
la nouvelle adresse de rattachement qui permet la délivrance
du datagramme au bon endroit. Ce changement d'adresse peut cependant
donner lieu à une période où le mobile n'est
pas joignable. Cette période se situe entre le moment où
il quitte la zone précédente et le moment où
l'adresse de la zone suivante est enregistrée dans le réseau
mère. Par contre, le passage à une zone couverte par
un autre opérateur requiert le changement d'adresse IP. De
toute façon, même en mode vocal le hand-over
entre opérateurs n'est pas supporté et la communication
est coupée.
Adressage
des terminaux
Il
faut déterminer les protocoles à utiliser pour la
gestion des adresses, le nommage, les méthodes d'accès
et les protocoles (Wap, iMode, full IP sur réseau sans fil
orienté téléphonie ou sur réseau local
sans fil).
Le
nombre important de terminaux prévus pose des problèmes
de disponibilité d'adresses. Les opérateurs téléphoniques
demandent par exemple un important pool d'adresses IP publiques
pour le déploiement du réseau GPRS (Global Packet
Radio Services). Ce réseau offre l'accès en mode paquet
aux terminaux mobiles. Cette demande est-elle justifiée?
Cette question comporte différents aspects: chaque terminal
a t il besoin d'une adresse? Faut-il utiliser des adresses IPv4
ou IPv6? L'adresse est-elle publique ou privée? Comment gérer
le passage du réseau GSM d'un opérateur à celui
d'un autre opérateur (hand-over operator?). Le besoin d'adresse
dépend des services utilisés. Les terminaux seront-ils
appelés directement à l'aide de l'adresse IP ou bien
celle-ci leur servira-t-elle uniquement pour des connexions sortantes?
Les terminaux GSM sont des équipements légers et déployés
à grande échelle sur un réseau important, le
déploiement d'IPv6 devrait être d'abord validé
sur des réseaux plus petits avant un déploiement généralisé.
Le réseau d'un opérateur mobile ne devrait donc pas
être le premier à expérimenter ce déploiement.
Il semble que le principal usage soit l'appel émis depuis
le terminal, à priori aucune connexion IP n'est établie
depuis l'extérieur vers le terminal. L'adresse IP peut donc
être distribuée par un serveur DHCP du réseau
d’accueil au moment de la connexion. Il existe suffisamment d’adresses
privées (RFC 1918) et cela simplifie les problèmes
de routage qu’on connaîtrait avec des adresses publiques.
GPRS
L'accès
en mode paquet aux réseaux mobiles GSM est déployé
dans le cadre de GPRS (General Packet Radio Service), puis de l'UMTS.
Ce mode d'accès est plus efficace pour l'allocation de la
ressource radio, en effet, il n'utilise les ressources qu'aux instants
de transmission effective de données et permet l'allocation
simultanée de plusieurs canaux à un terminal pour
résorber les pics de trafic. Les débits GPRS varient
donc selon que la communication utilise un ou plusieurs canaux.
Le débit sera encore supérieur dans le cadre des réseaux
mobiles de troisième génération ou UMTS.
Pour
les connexions en mode paquet du type GPRS, l'allocation d'adresse
peut être statique ou dynamique. Une adresse statique est
allouée de façon permanente, autant d'adresses que
de terminaux sont donc nécessaires. Dans ce cas, vu le nombre
important d'adresses nécessaires, il est préférable
de fonctionner en adresses privées. Une allocation permanente
à la mise sous tension pour la durée de connexion
du terminal est moins gourmande en adresses. L'adresse privée
est découpable en plages: cellule, station.
L'organisation
du monde GPRS est complexe, elle comprend différents types
d'équipements, les équipements du réseau GSM
ainsi que ceux du monde GPRS. Une connexion IP entre un terminal
et un serveur n'est pas directement établie de bout en
bout, il s'agit plutôt de l'aboutement de deux connexions
IP. L'une entre le terminal et l’équipement intermédiaire
GSS, l'autre entre le GSS et le serveur, un tel mode de fonctionnement
empêche la mise en œuvre directe des protocoles de la famille
IP.
Organisation
du réseau
Que
ce soit pour WAP, GPRS, ou UMTS les opérateurs de télécommunications
construisent une architecture d'interconnexion avec Internet spécifique.
Ainsi, pour Wap une pile de protocole particulière est utilisée
et des passerelles sont nécessaires pour passer du monde
Internet au monde IP. Pour le GPRS, il s'agit de deux mondes IP
qui cohabitent et dialoguent par l'intermédiaire de passerelles.
Pour l'UMTS, différentes alternatives existent, il est souhaitable
que les terminaux soient vus comme des terminaux IP classiques.
Le retranchement des opérateurs et constructeurs de
télécommunications derrière une muraille dite
" Golden Wallet " est justifié par la
spécificité du monde des télécommunications
et des communications sans fil.
Une
approche alternative consiste à introduire des passerelles
d'adaptation du type contrôle de flux TCP ou UDP pour adapter
les deux mondes. Le challenge est de laisser ouverte la spécification
de ces passerelles pour permettre leur évolution au fur et
à mesure des progrès dans la compréhension
des communications. Le réseau mobile est organisable comme
un support d'accès à IP. Dans ce cas, chaque station
de base comporte un concentrateur d'accès. Ce concentrateur
est relié à Internet. La voix est transportée
vers le réseau téléphonique ou vers Internet
en mode voix sur IP. Le backbone de l'opérateur est basé
sur IP et ethernet haut débits.
Par
ailleurs, l'utilisation des réseaux ethernet sans fil (802.11a
et b) se développe. Certaines installations (hôtels,
aéroports, particuliers) autorisent la connexion d'hôtes
de passage. Alors que les réseaux mobiles explosent et que
de grands travaux sont lancés autour des technologies GPRS
et UMTS, cette technologie, considérée comme la base
des réseaux de quatrième génération,
pourrait bien faire son nid. Ethernet sans fil offre le même
principe de fonctionnement que le réseau GSM avec des stations
de base auxquelles se raccordent les équipements mobiles.
Son avantage est d'employer moins d'équipements intermédiaires
spécifiques que les réseaux GSM. Les équipements
employés se restreignent à une carte sur la station
et à une borne de réception sans fil. La mobilité
est gérable par IP mobile. La liaison radio peut être
sécurisée par cryptage. Le fonctionnement en mode
IP est direct et sans intermédiaire, il autorise l'utilisation
des protocoles de la famille IP tels que: IP mobile, DHCP pour la
distribution dynamique d'adresses, IPsec pour la sécurité.
En dehors des hôtels et aéroports, le déploiement
de bornes de réseaux sans fil connectés à des
accès ADSL de particuliers ouvre la perspective de réseaux
à accès libre basés sur le bon vouloir des
individus, dans ce cas, on parle de réseaux communautaires.
Leur déploiement dépend cependant d'aspects réglementaires.
Cette perspective est d'autant plus intéressante que des
versions d'ethernet sans fil à des débits supérieurs
sont prévues.
La
généralisation de la commutation introduit une hiérarchie
de gestion des datagrammes en circulation: diffusion ethernet, commu-tation
ethernet, routage interne à un opérateur ou un réseau
d'entreprise, routage externe. Il est souvent question de prééminence
entre informatique et télécommunications. La technologie
IP qui supporte une part croissante du trafic devient prédominante.
La même règle s'applique aux technologies réseaux
locaux qui voient le standard ethernet s'imposer, peut-être
en sera-t-il de même pour les réseaux distants? Par
ailleurs, les mécanismes de commutation se développent
aux niveaux supérieurs: interconnexion, transport et application.

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