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L'évolution dans le temps et dans l'espace
L'évolution dans les différents secteurs

 

L'euphorie autour de l'emploi dans le secteur hi-tech est retombée brutalement et l'année a été marquée par un très grand nombre de suppressions de postes. Au-delà du court terme, les politiques d'emploi ont été profondément affectées et resteront marquées à long terme, enfin l'année a apporté quelques innovations sociales.

Environ 40 000 personnes travaillaient au WTC et dans les sept immeubles proches détruits lors de l'effondrement : 300 sociétés nationales et internationales, dont des éditeurs informatiques, des opérateurs et des SSII : AT&T, BlueSkye, NetworkPlus (Tour nord), Securant-RSA (Tour nord), Sun (environ 300 commerciaux dans la Tour sud) et Verizon (Tour sud), Worldcom, auxquelles il faut ajouter des entreprises comme Morgan Stanley, Charles Schwab, Citigroup Asset Management, pour lesquelles l'utilisation des technologies de l'information est vitale. AT&T et Worldcom étaient d'ailleurs les constructeurs des réseaux IP et téléphoniques à la base du câblage des deux tours. La plupart des salariés ont pu d'évacuer les bâtiments à temps mais tous n'ont pas eu cette chance. Deux dirigeants du secteur IT ont péri dans les crashs : Daniel Lewin, co-fondateur et administrateur d'Akamai, et Edmund Glazer, directeur financier de MRV Communications (et spécialiste de composants optiques et des infrastructures réseau), étaient à bord du Boeing 767 d'American Airlines qui s'est écrasé sur le WTC.

Ces dramatiques événements et leurs conséquences sur l'emploi dans le secteur des voyages n'ont fait que mettre au grand jour, les effets de la crise qui préexistait.

L'évolution dans le temps et l'espace

Les suppressions d'emploi annoncées par
les grands industriels en 2001

Il est extrêmement difficile d'effectuer un décompte fiable des réductions d'effectifs de l'année dans les TIC, mais le chiffre s'élève à plus de 500 000 personnes dans le monde en 2001. Aux Etats-Unis, selon le cabinet Challenger, Christmas and Gray, la récession américaine commence à la fin de l'année précédente, car en décembre 2000, cinq sociétés américaines avaient à elles seules remercié 13 000 personnes. Toujours selon la même source, tous secteurs confondus, presque deux millions d'emplois sont supprimés aux USA en 2001 : 777 362 personnes au premier semestre (trois fois plus qu'au premier semestre 2000) et 1 179 514 (soit une augmentation de 50 %) au second semestre 2001.

Nortel 50 000
Flextronics 10 000
Lucent 48 000
Solectron 20 000
Motorola 39 000
Alcatel 34 500
Toshiba 18 800
Ericsson 22 000
Fujitsu 16 400
Siemens 16 600
Philips 10 000
JDS Uniphase 16 000
Marconi 7 000
Cisco 10 000
Source : Compagnies ; Le Monde, 1/1/02

Mais le secteur Internet avait commencé à s'effondrer dès avril 2000 et au second semestre on avait compté déjà 36 000 licenciements. Le secteur hi-tech qui était traditionnellement un secteur moteur de l'emploi, a cessé de l'être et le taux de chômage y est maintenant plus élevé qu'ailleurs. Début 2002, tant au niveau des sociétés hi-tech qu'au niveau général, cette hémorragie se poursuit encore car les décisions prises en cours d'année n'ont pas été encore totalement suivies d'effet.

En Europe, les différents pays conservent dans le secteur hi-tech un emploi assez tendu jusqu'en septembre 2001 mais la dégradation (officielle) y est alors extrêmement rapide.

En France, si les premiers licenciements datent de la fin de l'année 2000 (Freesbee a fait un premier plan en décembre 2000 et a réitéré avec un nouveau plan de 90 personnes en avril), notre pays a été assez long à reconnaître que la crise ne concernait pas que les autres. En janvier 2001, le salon de recrutement Prosearch ferme sur un constat de hausse de la demande et le Forum des Télécommunications, organisé le 1er mars 2001 par les élèves de l'INT et de l'ENST, est sans doute, de mémoire de télécommunicant, l'un des plus prestigieux avec plus de 220 entreprises présentes. Une enquête réalisée en région parisienne par 01 Informatique pendant l'été et parue mi-septembre indique que les 137 entreprises high-tech sondées, " prévoient d'embaucher 16550 informaticiens d'ici à la fin de l'année, soit légèrement moins qu'au cours du premier semestre " et le Syntec Informatique maintient toujours alors sa prévision d'une croissance de 13 % en 2001. Pourtant, en septembre, les embauches sont brusquement gelées partout sauf dans quelques entreprises qui ont besoin d'accompagner la mise en œuvre de leurs produits chez leurs clients. Dépôts de bilan et licenciements se succèdent. Toutes les régions françaises sont touchées, mais plus encore l'Ouest et particulièrement la Sarthe, l'Ille-et-Vilaine et le Tregor.

L'évolution dans les différents secteurs


Tous les secteurs hi-tech sont touchés : électronique, équipementiers télécoms, réseaux, constructeurs micro-informatique et de périphériques, logiciels et services, sans oublier Internet. D'un secteur à l'autre, le nombre de réductions de postes peut varier de quelques centaines à des dizaines de milliers. Dès janvier, les premières et les plus impressionnantes restructurations ont d'abord touché le monde de l'électronique, des semi-conducteurs, des équipementiers réseaux, des opérateurs télécoms. Les révisions à la baisse des chiffres d'affaires (entre -17 et -25 % en prévision annuelle pour les plus touchées), la baisse du développement des mobiles, le prix des enchères de l'UMTS, les fluctuations des cours en Bourse, les stocks d'invendus et le ralentissement des dépenses informatiques des entreprises conduisent les entreprises à réduire de façon drastique leurs coûts… et à supprimer des emplois.

Les fabricants d'équipements : télécoms, électronique, informatique
Selon Gartner Dataquest, le secteur des semi-conducteurs a perdu dans l'année, 33 % de son chiffre d'affaires, mais il a surtout été l'objet de grandes manœuvres d'externalisation et de rachats au profit de sociétés travaillant principalement en Asie du Sud-Est. Toutes les sociétés sont touchées par ce repli des ventes : Intel (-22 %), STMicroelectronics (-19 %), NEC (-49 %) et les alliances comme celles de Micron Technology et de Toshiba dans les mémoires DRAM, la rupture des relations entre Infineon et de Toshiba, sont les prémices d'une recomposition totale du paysage des constructeurs qui n'est pas achevée, car les équipementiers de télécommunications entraînés par les problèmes des opérateurs licencient et externalisent également leur production. Voici un tour d'horizon non-exhaustif de la situation dans les grandes et petites entreprises.

Agilent (ex division Tests et Mesures de HP situé à Palo Alto) annonce d'abord des mesures de modération salariale (baisse de 10% des salaires) en janvier, revend sa division médicale, puis effectue un premier plan de licenciement de 4 000 personnes, et un second également de 4 000 personnes fin novembre qui devrait s'étendre jusqu'à mi-2002. L'ensemble des licenciements représente 18 % des effectifs au total.

En début d'année 2001, Alcatel est un groupe de 131 598 salariés répartis en Europe, aux Etats-Unis et en Asie, avec moins de 30 % de salariés français. Les conséquences des décisions stratégiques annoncées le 26 juin par le PDG Serge Tchuruk, vers l' " entreprise sans usine " vont faire passer l'entreprise de 120 sites de production dans le monde à 10 ou 12 et l'obliger à se recentrer sur la R&D et les services. Alcatel revend à Flextronics, deux usines de production de mobiles : la vente de l'unité de Laval s'effectue en avril et dès le 1er juillet les 830 salariés de l'usine changeaient d'employeur. Une " prime d'externalisation " de 25 000 francs (3 800 Euros) leur a été versée et ils ne se sont pas opposés au transfert, d'autant qu'une garantie d'activité a été temporairement accordée à l'usine. En Espagne, Alcatel España supprime 1300 emplois (4 600 salariés au début 2001) soit 28 % du total des effectifs et justifie cette mesure par " un programme de réduction des coûts destiné à adapter l'entreprise aux évolutions technologiques et au retournement du marché des télécommunications ". Les filiales américaines suppriment entre juin et octobre 11 000 postes dont 9 000 par départs volontaires. L'activité câble Nexans est touchée dès le début de l'année : 3 038 postes (sur un effectif global de 9 320) doivent être supprimés d'ici la mi-2002 (dont 2 151 dans la division des câbles sous-marins).

En France, la restructuration du groupe Bull s'effectue dans un climat tendu car les syndicats se sont opposés aux propositions de la Direction : 1 800 personnes ont été concernées, dont 1 200 en France avec revente de la division cartes à puce CP8, filialisation des divisions conseil sous le nom d'Integris et revente à Steria.
Cisco accuse une chute de 86% de son bénéfice et après avoir embauché plus de 20 000 personnes en dix-huit mois, licencie 8 500 personnes en début d'année et annonce un second plan social de 3 000 à 5 000 personnes en août.

Corning Fibres optiques supprime de son côté, 1000 postes en juillet et envisage une suppression supplémentaire de 2500 emplois.

Ericsson décide de sous-traiter la production de ses terminaux mobiles à Flextronics en janvier, taille dans ses effectifs en Suède et en Grande-Bretagne, externalise sa division Microelectronics (semi-conducteurs conçus pour des besoins internes), cède son activité intégration de réseaux en mars à Apax et sa participation dans Juniper. L'ensemble des suppressions d'emplois pour 2001 est de 22000 postes.

Flextronics, géant de la sous-traitance avec une centaine d'usines de par le monde, annonce la suppression de 7 000 postes (soit 10 % de ses effectifs) dont 1 600 en Suède, la fermeture de sites (dont celui de Moncel-lès-Lunéville en France avec 265 personnes) et la réduction de 15 % de ses capacités de production dans le monde.

Groupe d'électronique, fabricant d'ordinateurs et de composants, le japonais Fujitsu allié en Europe avec Siemens débute en août un programme de réduction de 9 % de ses effectifs, soit 16 400 personnes. Outre les pré-retraites au Japon, les 11 400 licenciements seront effectués dans les autres pays asiatiques et aux Etats-Unis. Enfin, le groupe a décidé de cesser son activité de production de disques durs pour ordinateurs.

En mai, Gemplus, ferme son usine de production en Allemagne et décide le licenciement de 1 500 salariés supplémentaires en novembre.

General Electric, qui n'est que partiellement concerné par les télécommunications et l'informatique, décide de supprimer 75 000 emplois.

JDS Uniphase, équipementier nord-américain, commence par supprimer en avril 20% de ses effectifs soit 5 000 personnes.

Après avoir effectué 500 suppressions d'emploi à l'automne 2000 et utilisé le chômage partiel en juin 2001, Highwave Optical Technologies, fabricant de composants optiques français né en 1998, annonce 480 autres licenciements en novembre ainsi que la fermeture des sites de Trégastel (Côtes-d'Armor) et des Ulis (Essonne). La réduction globale de l'effectif est de 80 % des postes depuis juillet 2000.

De son côté, l'autre géant de l'électronique Hitachi annonce fin août la suppression de 18 800 emplois au Japon et à l'étranger, d'ici mars 2004, soit environ 10 % de ses effectifs.

Intel, pour sa part décide de fermer une usine à Porto Rico et supprime 5 000 postes.

Le groupe japonais Kyocera, présent dans les applications des céramiques, les composants et les équipements électroniques, décide en août de supprimer d'ici la fin de l'année 10 000 emplois sur 51 000, soit un cinquième des effectifs mondiaux du groupe, surtout aux Etats-Unis, en Europe et en Asie (Kyocera Wireless qui fabrique des téléphones portables et Kyocera Tycom qui produit des composants pour les équipements électroniques). L'unité située en Chine sera épargnée car il est possible d'y produire des composants à un coût moins élevé.

Après avoir externalisé son activité de semi-conducteurs avec la création d'Agere, le groupe Lucent décide de réduire ses effectifs de 123 000 à 90 500 (soit 26 % de ses effectifs) et licencie 19 000 per-sonnes au premier semestre. Après l'échec de sa tentative de fusion avec Alcatel, l'ancienne filiale d'AT&T annonce en juillet, un plan complémentaire de licenciement de 20 000 personnes environ, revend sa filiale Chromatis et ne reconduit pas les contrats de sous-traitance et de partenariat qui concernaient 6 000 personnes. Ses usines de fibres optiques ont été revendues à Furukawa Electric, Corning Inc. et Celestica. En un an, la filiale française de Lucent est passée de 2 300 personnes à 1 300 en filialisant son activité de télécommunication Avaya, en vendant l'usine de Rouen à l'américain Viasystems, en licenciant environ 550 personnes (dont 104 à Lannion).

Mitsubishi Electric Telecom Europe SA se restructure en décembre. La branche française emploie environ 2 200 personnes et parmi ses trois établissements, celui d'Etrelles (Ille-et-Vilaine : téléphones et assistants numériques de la marque Trium avec 1 500 personnes) semble le plus menacé. Sur la technopole de Rennes-Atalante, un centre de recherche et développement qui emploie environ 400 cadres ou ingénieurs et le siège de la filiale France avec 300 personnes à Nanterre (Hauts-de-Seine) sont également concernés. A terme, la filiale française en R&D ne doit plus compter à terme que 300 personnes.

Motorola s'est séparé de 50 000 personnes (30% de ses effectifs) dans le monde en 18 mois et l'année 2001 est particulièrement dure. Après avoir annoncé 11 000 licenciements en début d'année, 7 000 licenciements en octobre, le groupe réitère avec 9 400 suppressions supplémentaires en décembre. La division Motorola Semiconducteurs est la plus touchée et a supprimé 4 000 postes au niveau mondial. Motorola Semiconducteurs France a mis au printemps 2001, 1 500 personnes du site de Toulouse en chômage partiel pendant trois semaines et vient d'annoncer de nouvelles mesures pour 2002 : 1 200 sur les 2 350 personnes seront en chômage partiel pendant deux semaines en janvier et février, avec obligation de prendre une semaine de congés payés pendant le premier trimestre de l'année. Pourtant la situation est paradoxale : malgré ce contexte de crise, l'entreprise doit lancer prochainement sur le marché de nouvelles générations de circuits intégrés liés au développement de la technologie smartmos 5.

Après avoir effectué 300 licenciements sur les 600 annoncés en juillet dernier, Nec annonce en décembre la fermeture de son usine de téléphones mobiles en Écosse, pour mars 2002 et la suppression de 1 260 postes.

Après avoir doublé ses effectifs en deux ans, le finlandais Nokia supprime 1 200 postes (dont 800 au Texas sur ses 5 500 employés américains) en février mais garde sa production au Mexique et en Corée, pays à faibles charges sociales.

En un an, Nortel Networks a réduit ses effectifs de 52 % (soit 50000 postes supprimés), abandonne les équipements DSL pour les accès Internet et les fibres optiques. La filiale française, après avoir progressivement supprimé tous ses sous-traitants, a annoncé le 12 décembre 750 licenciements à effectuer d'ici au premier trimestre 2002. Sont concernés les services marketing, commerciaux et administratifs. Le regroupement à Chateaufort (Yvelines) des services de Marne-la-Vallée et de Guyancourt est prévu. La R&D française est également concernée puisque les effectifs de la plate-forme de Valbonne passent de 240 à 70 personnes et que le site de production de composants UMTS de Chateaudun (Eure-et-Loir) a vu ses effectifs réduits de 600 à 200 personnes.

Après avoir annoncé des bénéfices supérieurs à 9,6 milliards d'Euros pour l'année 2000, le groupe Philips décide en avril 2001 une réduction d'effectifs de 6 000 personnes au niveau mondial (sur les 220 000 salariés du groupe) et en novembre une réduction de ses effectifs de R&D de 10 %. En France, les 1 142 personnes qui travaillaient au Mans (usine et Centre de Recherche dédié aux téléphones mobiles) sont particulièrement affectés. La seule unité européenne de production de téléphones mobiles DECT, Philips Consumer Communication, du Mans est revendue à China Electronics Corporation, avec 300 salariés restants, après des " mesures d'âge " mais pas de plan social. Les 750 personnes du Centre de Recherche sont également concernées par les réductions d'effectifs.

Le français Sagem décide aussi d'externaliser la quasi-totalité de sa production de téléphones mobiles mais de conserver son activité fax. Après avoir fermé un site en Angleterre, l'entreprise reconvertit son usine de Sablé-sur-Sarthe, vend l'usine de Kladnan (République tchèque) au canadien Celestica, supprime les contrats des 1 500 intérimaires qui travaillaient dans l'usine et réduit de moitié les effectifs de l'usine de Fougères (1 000 salariés en Ille-et-Vilaine). Cette usine sera son seul centre de production de téléphones mobiles en France.

Siemens prévoit d'abord 8 100 suppressions de postes et annonce en octobre la suppression de 5 000 emplois supplémentaires dans ses activités de réseaux de téléphonie (ICM, division téléphonie mobile), portant le nombre total d'emplois effectivement supprimés depuis le début de l'année à plus de 10 000. Parmi ces suppressions d'emplois supplémentaires, 2 000 sont prévues en Allemagne, d'ici la fin de 2002. Dans le domaine des réseaux de téléphonie (ICN), qui emploie 50 000 personnes au total, Siemens va également " réduire de moitié " ses 20 sites de production dans le monde. Seules " les unités de production très automatisées et disposant d'une grande valeur ajoutée en Allemagne, au Brésil et en Chine vont continuer à fonctionner ", ce qui revient à confirmer que les trois sites allemands seront donc préservés.

Fin octobre, Thalès Communications annonce la fermeture de deux sites (Marcq-en-Baroeul, 360 personnes et Genevilliers, 1200 personnes) sur les six consacrés aux systèmes de radiotélécommunica-tions militaires et civils, mais l'externalisation de ces activités ne doit avoir lieu qu'en 2002 car elle doit s'accompagner d'un plan social.

Toshiba prévoit de supprimer 18 800 emplois dans le groupe à l'horizon 2004 et débute immédiatement ces réductions drastiques d'effectifs. La baisse totale des effectifs au Japon en 2001 doit être de 12 %, passant de 144 000 à 127 000, car le groupe souhaite fermer ou regrouper 30 % de ses 21 sites au Japon.

Et chez les autres, avec le nombre de suppressions d'emplois entre parenthèses : 3Com (4 000 et 1 000 ) ; Akamai (200 soit 25 % des effectifs); Xerox (2000 en 2000, suivi de 4000 en 2001)

Les constructeurs de micro-ordinateurs
L'année anniversaire des 20 ans du PC a été particulièrement sinistrée pour les fabricants de micro-ordinateurs. La croissance ininterrompue depuis le milieu des années 1980 des ventes de PC domestiques et de bureau s'est arrêtée net en début d'année d'abord en Amérique du Nord, puis en Asie et a atteint l'Europe au troisième trimestre. Les chutes des ventes se sont traduites par des licenciements importants soit 46 000 personnes selon l'estimation publiée par le Wall Street Journal en octobre.

Apple remercie 100 personnes en mars. Dell remercie 1300 personnes en début d'année et 1700 en juillet, soit 10 % de ses effectifs dans le monde.

Chez Gateway, autrefois 4ème constructeur américain de PC, 3000 personnes sont licenciées en janvier, 5 000 en juillet soit 25 % des effectifs mondiaux. Le constructeur ferme des bureaux et des usines aux Etats-Unis (Salt Lake City et plusieurs centres d'appels), mais surtout en Asie (les filiales de Malaisie, de Singapour, du Japon, d'Australie et de Nouvelle Zélande). En Europe, les implantations en Irlande (deux usines), au Royaume-Uni (en tout 1 085 employés), sont concernées, les sites allemands et suédois sont fermés. Aux dernières nouvelles, la filiale française ne répond plus… Par ailleurs, l'entreprise change de stratégie et la construction de PC va être complétée par des activités de services, de création de logiciels et de la formation.

Hewlett-Packard licencie 6 000 personnes en juillet dans le monde. En France, au lieu des 2 000 embauches prévues en 2001, on assiste à la cession d'une usine à l'Isle d'Abeau qui entraîne la suppression de 356 postes ; deux cents personnes sur 2400 sont remerciées sur le site de production de Grenoble (Isère), et 120 des 1720 employés du siège des Ulis (Essonne) pour l'entité commerciale sont déjà partis. Compaq licencie 5 000 personnes en mars, 2 000 en avril, 1 500 en juillet sans compter les réductions dues à son projet de fusion avec HP, qui sera développé plus loin.

Maxtor, fabricant américain de composants informatiques se sépare en juin de 11 % de ses effectifs soit 1 500. NCR remercie en septembre 344 salariés.
Les installateurs de télécoms

Ce secteur est également touché. Un seul exemple : les 1270 salariés de Marine Communication risquent d'être licenciés, car la branche télécommunications a été mise en redressement judiciaire par le Tribunal de Commerce de Paris la semaine précédant Noël 2001. La croissance de cette société a été liée au rachat successif de deux parts d'activités (en 1998 et 1999) d'Alcatel et d'environ 750 salariés. Marine Communication qui assurait en sous-traitance l'installation des standards téléphoniques d'Alcatel Réseaux d'Entreprise (ARE), reproche à Alcatel d'être en partie responsable de son naufrage. Elle met en cause " l'équité des relations contractuelles " passées avec Alcatel depuis " l'externalisation " des salariés d'ARE, et en particulier les prix trop bas qui lui étaient imposés.

Les opérateurs et les fournisseurs d'accès
Pendant l'année 2001, de nombreux (jeunes) opérateurs font faillite, d'autres sont rachetés ou licencient alors que les grandes entreprises poursuivent leurs efforts de rationalisation.

Aux Etats-Unis, AT&T Broadband licencie 900 personnes en février.

Les faillites des nouveaux entrants sur les marchés de la boucle locale américaine touchent les salariés de NorthPoint en début d'année, de Advanced Radio Telecom (crée en 1993) et Formus en avril. En mai, Winstar (2 000 salariés) dépose son bilan ainsi que Kast Telecom et Teligent dont les salariés sont également remerciés. Après l'été c'est le tour de M-Telecom. L'opérateur Concert, filiale commune de BT et d'AT&T pour les grands comptes, ferme et remercie tous ses salariés en octobre. Malgré 400 licenciements en 2000 et un nouveau plan social de 125 personnes fin novembre, Globalstar n'échappe pas au dépôt de bilan. Fin décembre, c'est le tour de l'opérateur Startec qui se met sous la protection de la loi sur les faillites et entame le licenciement de tous ses salariés et d'Excite Athome, filiale d'AT&T (service d'accès Internet à haut débit), malgré la fermeture de plusieurs de ses sites en Europe et le licenciement de près de 20 % de ses effectifs (630 personnes).

Les autres opérateurs licencient : filiale de France Télécom après son regroupement avec GlobalOne, Equant, société d'environ 13 300 salariés dans le monde, annonce fin août, un plan de 3 000 personnes (soit une baisse de 20 % de sa masse salariale). Fairpoint Communications, opérateur établi à Charlotteville, licencie 365 personnes de sa division de téléphonie locale après un premier licenciement de 360 personnes le mois précédent et 750 en 2000. L'entreprise se recentre maintenant sur le Nord-Est et le Nord-Ouest du pays. L'opérateur américain Level 3 effectue en juillet 1 600 suppressions de postes. Qwest met à pied 11 000 employés, soit un salarié sur sept. Outre cette réduction importante des effectifs, 1 800 contractuels principalement dans la partie US West du groupe, ne sont pas reconduits. Sprint annonce en septembre une suppression de 6 000 postes. Worldcom effectue 10 000 licenciements en janvier 2001 (soit 15 % de ses 77 000 employés) principalement chez UUnet d'un côté (services d'accès Internet pour FAI, notamment) et Business Markets (services aux entreprises).

En Allemagne, Star Telecom et Teldefax nouveaux entrants sur le marché des télécoms font faillite en mars et licencient tous leurs salariés. Landtel ferme sa filiale allemande et remercie ses 40 salariés en août.

Au Royaume-Uni, Atlantic Telecom SA, issu de Atlantic Group PLC (groupe écossais fondé en 1995) a été mise en cessation de paiement en mai. BT sépare ses activités et ses salariés en BT Wireless et BT Future tandis que les salariés des annuaires Yell sont repris par Apax en mai. Cable & Wireless annonce 4000 suppressions d'emplois en mars. Orange racheté par France Télécom annonce dès janvier une réduction d'effectifs de 16 000 personnes. L'opérateur anglais NTL, détenu à 25 % par France Télécom, licencie 8 500 salariés en octobre et prévoit une suppression de 35 % de ses effectifs d'ici la fin de 2002.

Belgacom annonce en octobre 3 000 licenciements. La filiale française de Belgacom ainsi que Kaptech sont rachetés fin décembre par LDCom, opérateur d'infrastructures télécom. Les salariés respectifs de ces deux sociétés sont momentanément rassurés.

L'opérateur néerlandais KPN, après avoir acquis l'opérateur mobile allemand E-plus, essuyé les pertes de Cesky Telekom (opérateur tchèque) et de Eircom (opérateur irlandais), échoué dans ses tentatives de fusion avec Telefonica puis Belgacom, envisage la suppression de 8000 emplois d'ici 2005 par le biais de départs volontaires et de pré-retraites et en a réalisé déjà 2700 sur l'année. Des licenciements secs sont également attendus pour l'année à venir.

Sonera, opérateur finlandais, avait créé avec l'électricien norvé-gien Enitel une filiale commune, Broadband Mobile, afin de gérer une licence UMTS en Norvège. La centaine de salariés de cette joint-venture sont remerciés en août à la suite de la rétrocession à l'état norvégien de la licence que l'entreprise avait acquise pour 25 millions d'Euros mais qui s'avérait peu rentable en raison du trop faible nombre d'abonnés potentiels norvégiens.

L'opérateur australien One.tel a été mis en redressement judiciaire et ses 1400 salariés sont remerciés.

En France, Avenir Telecom supprime 122 postes en juin et l'opérateur Dolphin Telecom, mis en redressement judiciaire licencie ses 300 salariés en septembre. Le dépôt de bilan de la Sofrer, société d'installation de stations de base a fait couler beaucoup d'encre et a posé ouvertement le problème des sociétés contrôlées par des commanditaires étrangers et peu sûrs. Sommé par fax de fermer la société par son actionnaire principal thaïlandais, Spectrasite Transco, le président du directoire a dû licencier en septembre ses 865 employés.

Le secteur de l'Internet
Le bilan 2001 d'Internet aux USA est particulièrement noir, car on estime à plus de 100 000 le nombre de licenciements et à 537 le nombre des fermetures d'entreprises du secteur (soit 2,5 fois de plus qu'en 2000). Il semble toutefois qu'en fin d'année l'hécatombe se soit ralentie.

America On Line décide de se séparer en début d'année de 725 salariés sur 15 000, soit environ 5 % des effectifs et une seconde vague de licenciements dans l'ensemble du groupe AOL Time Warner a lieu en août, soit environ 2 000 personnes.

Internet Telecom, fournisseur d'accès Internet de 170 salariés, annonce en février la mise en place d'un plan de licenciement touchant 50 salariés, principalement les salariés en CDD et ceux en période d'essai.

Lycos Europe se sépare de 25 % de ses employés européens soit 500 personnes en tout.

En France, les rachats-restructurations de Freesbee par LibertySurf, puis par Tiscali accompagnés d'un plan social ont alimenté les chroniques sociales de l'année, en particulier parce que les transferts d'employés proposés s'accompagnaient d'un changement de convention collective (perte de la convention collective des télécoms). De leur côté, les 150 salariés d'Infonie repris dans le groupe Infosources, eux-mêmes repris par Tiscali, depuis la fin octobre craignent les restructurations annoncées fin décembre par le nouveau groupe.

Monster, le géant américain du recrutement en ligne licencie en octobre 125 salariés et son concurrent européen Stepstone, 500.

Les éditeurs de logiciels
Ils n'ont pas connu une année aussi sombre que les constructeurs et les opérateurs mais ont cessé d'embaucher à mi-année. Les faillites et les difficultés des entreprises du secteur informatique sont particulièrement importantes au deuxième trimestre.

Les éditeurs de logiciels Ariba, Broadvision, Inktomi, I2, Oracle annoncent de possibles plans de suppressions de postes alors qu'aux Etats Unis Corus annonce 6 000 suppressions d'emploi et Sun 4 000, et au Canada Corel renvoie 350 personnes.

Le conseil et les services
Accenture, ayant des difficultés à trouver des missions pour ses consultants, licencie 1 500 consultants aux Etats-Unis et commence à innover sur les congés en août (voir une analyse détaillée plus loin de ces pratiques). Cap Gemini Ernst & Young (CGEY), qui emploie environ 66 000 personnes dans le monde se sépare en 2001 de 3 500 consultants, et fin novembre annonce un second plan de licenciement de 2 000 personnes qui va s'étaler sur l'année prochaine. Computer Associates remercie en octobre 900 consultants. Computer Sciences Corporation (CSC), se sépare de 700 à 900 personnes mais refuse de communiquer à ce sujet. CS Telecom est mis en redressement judiciaire et ses 350 salariés vivent un été mouvementé car la décision des dirigeants est remise en cause. PriceWaterhouse Coopers remercie en avril 1 000 consultants suite aux défaillances de certains de ses grands clients (Procter, Disney, Motorola). Sema racheté par Schlumberger en février se sépare à l'amiable de certains de ses consultants. Unisys licencie 3 000 salariés en octobre.

Le secteur des médias
Très affecté par la chute de la publicité en ligne, le secteur des médias électroniques et des fournisseurs de contenu paie un lourd tribut à l'emploi. Toutes les sociétés fondées sur un modèle économique lié au marché publicitaire ont multiplié les annonces de licenciement au cours de l'année. Certes, le nombre des personnes licenciées est moins important que chez les constructeurs mais les pourcentages sont identiques. Dès janvier, les sites Internet de presse américains licencient : Salon.com, The Industry Standard, le New York Times (17 % des effectifs), CNN (400 personnes en janvier), DirecTv (800 emplois en août) et NewsCorp qui appartient à Rupert Murdoch. Theglobe.com pourtant l'une des anciennes stars du Nasdaq a procédé à la suppression de 150 postes fin août et a revendu son activité média. CNet, Wired, etc. semblent épargnés mais pour combien de temps ? L'option prise par le Wall Street Journal d'offrir une édition payante semble avoir préservé ses rédacteurs des licenciements annoncés. Pour le cabinet de mesure d'audience américain Jupiter Media Metrix, le secteur américain de la publicité en ligne ne semble pas près de réembaucher et le cabinet prévoit cinq années avant une véritable reprise.
Le groupe AOL-Time Warner (groupe d'environ 82 500 personnes) a licencié 2 400 personnes en début d'année à la suite de sa fusion du 11 janvier 2001 (en particulier dans sa filiale Entertaindom, Warner Music -600 personnes-, Warner Bros cinéma -100 personnes- New Line Cinema -100 personnes- et avec les fermetures des magasins Warner Bros), puis le groupe effectue une seconde vague de licenciements de 1 700 postes en août (dont 1 200 dans la branche Internet d'America On Line qui compte 16 000 personnes).

Disney se sépare de 3 000 salariés par départ négocié en juin et licencie 1 000 personnes supplémentaires sur ses 120 000 salariés.

En France, le groupe Lagardère (Lagardère Active Broadband) a effectué deux annonces de suppressions de postes (soit un quart des effectifs en tout).

Les médias traditionnels ne sont pas épargnés par la baisse des recettes publicitaires. En France, entre autres Libération, France Soir, L'Humanité, Le Figaro, Le Progrès, Canal+ ont supprimé des postes.

Enfin l'année 2001 est également très dure pour les web agencies françaises et certaines ont dû fusionner pour survivre (K2), d'autres se sont diversifiées comme Publicis e-brand qui se consacre maintenant pour moitié à la consultance avec des recommandations sur le on et off line ou des contrats de maintenance des sites de grosses structures. Aussi les regroupements et les fusions devraient se poursuivre en 2002. Certaines petites agences comme Valtech semblent moins affectées comparativement que les plus grandes comme FI Systems ou même Framfab (qui gère les sites d'Axa, Packard Bell France, McDonald's France) et qui est passée de 3 000 à 700 personnes dans le monde ou même que Kalihoa qui a déposé son bilan fin décembre 2001.

Le commerce électronique
Les banques en ligne n'ont pas tenu leur promesses et certaines ont même dû fermer : le belge Dexiaplus a fermé en mai et a été réintégré par sa maison-mère comme un canal de distribution ordinaire, le belgo-néerlandais Fortis a fermé fin juillet, le suédois SEB Swedbank a gelé ses recrutements et ses investissements en Europe ; les difficultés du britannique Egg, de l'italien Bipop-Carire et de Zebank (pourtant adossé au groupe de Bernard Arnaud) ont été abondamment commentées. Fin décembre, les 58 salariés de Comdirect, la filiale de la Commerzbank qui fait du courtage en ligne, ont entamé une grève qui a mobilisé les deux tiers des salariés, pour obtenir un véritable plan social. Le monde Internet n'est plus si particulier, puisque les patrons des banques en ligne se comportent comme les patrons des autres secteurs…

Plusieurs sites Internet s'intéressent aux start-up : Upside alimente régulièrement son " cimetière " et le Journal du Net, tient depuis avril 2000, une rubrique nécrologique des dot.coms françaises et leurs licenciements : soit 435 sur les 4 premiers mois de 2001. Et uniquement devant le Tribunal de Commerce de Paris, il y a eu 102 start-ups en dépôt de bilan de janvier à septembre. Leur nombre va d'ailleurs croissant : 14 en juin, 19 en septembre. Leur passif, 530000 Euros, est en général dix fois supérieur à la moyenne des autres entreprises. Ces morts prématurées sont le fait, dans la majorité des cas, de la perte de la moitié au moins du capital social, de l'inscription de privilège au profit de l'Urssaf et/ou de la sécurité sociale, d'un actif net inférieur à 38 000 Euros, ou encore du non-dépôt des comptes. Mais dans le même temps, le nombre des créations de start-up est en baisse. En janvier, 115 start-ups voyaient le jour, contre 83 en juin et seulement 46 en septembre 2001 .

Aux Etats-Unis, ces faillites se sont parfois traduites par des sites insolites créés par les anciens salariés (conseils aux autres salariés victimes comme Startupfailures.com ou Vakooler) ou par la commercialisation de produits inédits et de dérision (T-shirts, porte-gobelets, tapis de souris aux logos des sociétés disparues). Le site d'eBay.com, commercialise ainsi du papier toilette ressemblant à des bandes de téléscripteur, sur lesquelles sont imprimés les prix des actions des dot.com plus ou moins en difficulté (d'Amazon, BroadVision, Dell, jusqu'à Yahoo), au prix de 9,99 dollars l'unité. Les créateurs de ce papier, Zappa et Wentz ex-salariés Dell, semblent pour leur part avoir tiré un grand bénéfice des chutes de dot-coms… à défaut de la fortune espérée. deuxième partie

Marie-Noelle Blancheteau

 
 
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