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L'euphorie autour de l'emploi dans le secteur hi-tech est retombée brutalement et l'année a été marquée par un très grand nombre de suppressions de postes. Au-delà du court terme, les politiques d'emploi ont été profondément affectées et resteront marquées à long terme, enfin l'année a apporté quelques innovations sociales.


Les politiques de l'emploi

Les " nouveautés " sociales de l'année
  Les politiques de l'emploi

Externalisation
Des constructeurs sans usines et sans salariés, vers une externalisation quasi-totale : qu'il s'agisse d'Alcatel, Corning, Ericsson, Lucent, Motorola, Philips, Sagem, tous les constructeurs se séparent de leurs usines et de leurs employés. Les grands gagnants à terme chez les constructeurs sont Celestica (Canada), Flextronics (Singapour), et Solectron (US) qui avait racheté déjà l'an dernier sept usines à Nortel, mais dont la production s'effectue rarement dans le pays d'origine. Il semble que les liens entre conception et production soient de nouveau durablement coupés et qu'une nouvelle " taylorisation " du travail soit en marche : en Occident, (Europe et Etats-Unis) le monde abstrait et en Asie ou ailleurs, le monde concret. D'une façon plus générale, la sous-traitance industrielle dans tous les pays occidentaux est un phénomène en pleine croissance. Déjà évoquée l'an dernier dans les statistiques industrielles françaises , la part de la sous-traitance continue de croître. Cette externalisation massive de la production de composants et de l'informatique permet d'effectuer de fortes économies et de trouver les compétences requises rapidement.

Nombreux sont les services qui peuvent aussi être délocalisés : saisie, mise en page, traitement des images, édition Internet, centres d'appels, développement et maintenance informatique, comptabilité et même traduction. De nombreuses sociétés proposent ces services, au Maroc, à l´île Maurice, à Madagascar, dans les pays de l'Est, en Inde, en Chine. Au-delà des prix compétitifs que les salaires locaux très bas, permettent d'offrir et du fait qu'en remplaçant la relation salariale par un contrat commercial les dirigeants peuvent s'affranchir des contraintes du droit du travail, le paradigme du management maigre " lean management " supposé être une des clefs du succès, est une raison de ces délocalisations. L'entreprise crée de la valeur, non plus en produisant des biens ou des services de qualité, mais en organisant, en planifiant le travail des autres, en gérant des flux d'informations et en se consacrant exclusivement à des activités à forte valeur ajoutée (R&D). Pourtant, ce modèle de croissance, fondamentalement centré sur les ressources humaines et le management des différentes activités, n'est pas forcément plus facile à réussir que le modèle ancien : la faillite en décembre du géant de l'énergie texan Enron qui s'était engagé dans cette voie, mérite réflexion.

Rachats et fusions
Rachats et fusions entraînent le plus souvent des suppressions de postes. Les exemples sont nombreux et parmi eux on peut citer la fusion AOL Time Warner, celle d'HP avec Compaq, le rachat de VoiceStream et Powertel par Deutsche Telekom. Le cas d'Hewlett-Packard et Compaq est particulièrement intéressant : difficile à réaliser pour de multiples raisons dont certaines sont culturelles, la fusion de HP/Compaq annoncée le 4 septembre dernier, n'aura pas, si elle se réalise, que des effets bénéfiques. Sous le titre " Madame Fiorina trinque, les salariés paient " un article d'Anne-Françoise Marès , relate l'annonce brutale, sans information préalable des partenaires sociaux, d'une nouvelle suppression de 15 000 emplois, en plus des licenciements déjà programmés par chacune des deux entités (soit 8 500 pour Compaq et 9 000 pour HP). Le nouveau groupe compte actuellement entre 145 000 et 158 000 personnes et devrait être ramené à 112 500 employés, répartis dans 160 pays, soit une réduction de l'ordre de 22 % après les restructurations.

L'emploi, variable d'ajustement
L'emploi fait de moins en moins l'objet de prévisions et redevient une variable d'ajustement pour de nombreux dirigeants. Les pratiques de gestion prévisionnelle qui ont fait les beaux jours de nombre de consultants semblent définitivement périmées. Dans le monde des SSII ou des éditeurs, l'anticipation des embauches est de moins en moins fréquente et le recrutement des chefs de projet n'intervient souvent qu'une fois le projet signé. Au-delà, le vieux débat reste d'actualité : faut-il à tout prix réduire les effectifs pour retrouver ses marges ? Le secteur hi-tech (constructeurs, opérateurs, société informatiques) répond actuellement par l'affirmative mais aucun analyste financier ne le confirme ni ne le prouve. Cette stratégie des cost-killers correspond plus à une stratégie à court terme et les études récentes tendent à montrer que des licenciements, même importants (de 15 % à 30 % des effectifs), n'ont pas à terme le pouvoir systématique de " sauver l'entreprise ".

De nouvelles pratiques pour diminuer les effectifs
Les techniques de réductions d'effectifs ne sont guère innovan-tes, mais une certaine " créativité " par rapport au droit du travail habituel est observée. Avec les réductions d'effectifs annoncées, tout l'arsenal des mesures anciennes de réduction des effectifs est réapparu. Renvoi des intérimaires, réduction d'horaires hebdomadai-res (Infineon), non renouvellement des personnes parties en retraite, mesures d'âge et retraites anticipées pour 9 000 salariés âgés de plus de 45 ans (Fujitsu), départs volontaires chez Nortel, incitations au départ, changements de postes. Aux suppressions d'emplois dans les usines, s'ajoutent des suppressions dans les services centraux ou de recherche et développement, parmi les forces de ventes et les équipes marketing, voire des " cessions " de ressources humaines.

Les attentats de septembre ont par ailleurs eu des conséquences imprévues : accélération du B2B (Back to Bengalore) aux Etats Unis avec retour des malheureux indiens et autres étrangers, privés de visas, vers leur pays d'origine dans des conditions parfois dramatiques, racisme en hausse dans tous les pays, même dans des sociétés de haute technologie…

Après de nombreuses controverses autour de l'introduction des syndicats dans l'entreprise, les licenciements des 1 300 salariés d'Amazon (soit 15 % des effectifs) aux Etats-Unis, ont été conclus dans le cadre d'une procédure relativement insolite : en contrepartie d'un engagement de ne pas dénigrer la société qui les licenciait, les salariés pouvaient obtenir des indemnités de licenciement et des stocks options qu'ils ne pourront exercer qu'en 2003. Le tout dans le cadre d'un Trust Fund d'une valeur totale de 2,5 millions de dollars en actions.

Beaucoup plus intéressantes sont les manifestations d'une créativité importante autour des règles du congé et des congés sabbatiques. En particulier Accenture a créé le programme " Flexleave " qui permet de prendre un congé sabbatique de 6 mois à un an tout en conservant 20 % de son salaire, son assurance santé, sa messagerie vocale, son adresse électronique et l'assurance de retrouver le même poste et la même rémunération à la fin du congé. Dans un monde américain où les congés sont peu nombreux, 2 200 candidats sur les 75 000 consultants d'Accenture ont manifesté un grand intérêt pour cette formule. D'autres entreprises comme JP Morgan, Citigroup, Merrill Lynch ont également proposé des formules de ce type à leurs salariés, car cela permet de réduire les charges tout en conservant des salariés bien formés, très qualifiés et appréciés. Les salariés en congés sabbatiques peuvent ainsi découvrir d'autres domaines, enrichir leurs CV, s'impliquer dans les associations. Il semblerait que tout le monde soit heureux… Certains DRH français ont évoqué des licenciements temporaires (sic), d'autres ont proposé des congés sabbatiques " hors textes " et un cas de maternité suggéré a été évoqué…
Enfin en France, dans le classement de l'agence de notation sociale ARESE, les sociétés hi-tech n'occupent pas une place de choix : seules Thomson Multimedia et STM y figurent. Les difficultés de l'emploi ont été partiellement masquées par la mise en place des 35 heures en particulier dans les sociétés de service qui sont souvent de très petites entreprises.

Impact sur les rémunérations
Comme on pouvait s'y attendre, les conséquences sur les rémunérations sont contrastées. Nombreuses sont les entreprises qui ont procédé à une révision de leur politique salariale cette année. Parmi les entreprises qui ont modifié leur politique salariale, Cap Gemini Ernst and Young a annoncé en juin une nouvelle politique avec introduction d'une part variable supplémentaire. Pour la plupart, cette modification s'est effectuée au fil de l'eau mais on constate actuellement une baisse de 13 à 25 % selon les postes et les secteurs pour les salaires à l'embauche.

Cette modération salariale (appelée normalisation par certains patrons) ne s'applique pourtant pas aux patrons " courageux " eux-mêmes. De nombreux média ont souligné la corrélation entre les " récompenses " de leur Conseil d'Administration et leur fermeté pour effectuer les licenciements massifs et ont posé la question de leur solidarité avec les autres salariés. Si en France Marc Lassus, président du conseil d'administration et fondateur de Gemplus, a renoncé en juin à l'ensemble des stock-options et au doublement de son salaire avant de démissionner en décembre, cet exemple est rare. L'étude américaine Executive Excess 2001 met en lumière une relation étroite entre l'évolution de la rémunération des top managers et le nombre de licenciements qu'ils ont pu pratiquer. Les 52 entreprises américaines qui ont le plus licencié (plus de 1000 salariés) au premier semestre 2001 sont celles qui ont le plus généreusement rémunéré leurs top managers en 2000. Ces PDG zélés, gagnent en moyenne 80 % de plus (salaires, bonus et stock-options) que ceux des 365 sociétés que Business Week considère comme " références " pour réaliser ses panels. Leur seul salaire a progressé de 20 % en 2000, contre 3 % seulement pour les ouvriers et 4 % pour les employés américains.

Au hit-parade des patrons de la technologie, on peut citer : Michael Dell perçoit 201 millions de dollars en 2000... et remercie 5700 personnes au début de cette année. John Chambers, CEO de Cisco, a touché 157 millions de dollars en 2000 (avec une augmentation de salaire de 40 %), et licencié 8 500 personnes en avril. Chez AOL-Time Warner, Steve Case, le PDG a vu son salaire augmenter de 42 % en 2000, (73 millions de dollars, bonus et stock-options compris), licencie 2 400 personnes en janvier, et 1 200 personnes supplémentaires en septembre. J. Weitzen, PDG de Gateway, a été augmenté de 25 % et supprime… 25 % de ses effectifs. Sarah Anderson, auteur de l'étude, confirme qu'à Wall Street de tels plans de licenciements font à court terme monter l'action : " L'entreprise sait gré à ses dirigeants d'accepter de faire le sale boulot". Le métier de dirigeant devient d'ailleurs un métier à risque. Le directeur général d´Ericsson, Kurt Hellström, a reçu dans son courrier une balle de calibre 9 mm, accompagnée d'une menace de mort : " Ton heure est venue, tu vas bientôt mourir ". Ericsson prend très au sérieux cette menace et se demande si le message ne pourrait pas émaner de l'un des 20 000 employés licenciés cette année.

Et pour 2002 ?
La conjoncture de l'emploi reste globalement peu favorable et les prévisions peu optimistes pour 2002. Aux Etats-Unis, les statistiques de l'emploi dans le secteur hi-tech pour le mois d'octobre (parues à mi-décembre), montrent un chiffre de chômage record, depuis 1963. Le Bureau américain du Travail estime en effet le nombre des chômeurs dans le secteur informatique à 5 % (niveau certes faible par rapport à la France), soit environ 295 000 personnes en recherche d'emploi. Ce qui est nouveau, c'est le fait que le secteur hi-tech, créateur d'emplois depuis les années 90, n'est plus le secteur moteur. Le chômage y est désormais supérieur à celui que connaît le reste de l'économie américaine. Pourtant au total 10,4 millions de personnes occupent aujourd'hui des emplois dans les technologies de l'information (hors postes dans l'administration fédérale, les associations à but non-lucratif et les entreprises de moins de 50 employés). Neuf emplois sur dix ne sont pas répertoriés dans le secteur des technologies de l'information proprement dit, les autres industries employant 9,5 millions d'informaticiens de catégories diverses.

De son côté, l'Information Technology Association of America, ITAA (traditionnel lobbyiste américain et équivalent de notre Syntec français) affirme toujours que 400 000 postes restent vacants, ce qui est contesté par d'autres sources.

Au Canada, les prévisions de l'emploi pour 2002 ne sont guère meilleures et les employeurs canadiens ayant eu massivement recours, jusqu'à maintenant, aux réductions d'horaires et au travail à temps partiel plutôt qu'aux licenciements, les spécialistes comme TD Bank prévoient des niveaux de chômage à deux chiffres (sauf au Saskatchewan) dès le début de l'année prochaine avec une reprise de l'emploi très lente à la toute fin 2002.

L'Allemagne connaît depuis début 2001 un ralentissement économique plus marqué que la France et a vu son PIB régresser de 0,1 % au 3ème trimestre. Les annonces de licenciements massifs se succèdent. Le patronat, les entreprises et le gouvernement cherchent des solutions (temps partiel, embauches maintenues mais différées, aménagement et réduction provisoire du temps de travail, modération ou réduction temporaire des salaires). Toutefois, ces mesures ne sont pas assorties de garanties d'emplois.

L'Espagne et Pays-Bas restent les seuls pays de l'Union européenne où le chômage régresse encore, mais cette baisse des demandeurs d'emploi paraît plus liée à un effet de rattrapage de postes restés longtemps non pourvus par pénurie de candidats, qu'être le reflet d'une tendance durable. En effet, les prévisions de croissance pour 2002 s'effondrent brutalement.

En France, le chômage dépasse en fin d'année 9 % de la population active selon la nouvelle définition du BIT (selon l'ancien mode de calcul, le chiffre aurait été de 0,2 à 0,3 points de plus). L'étude semestrielle de l'APEC, sur l'emploi des cadres, traduit bien ce ralentissement global du recrutement des cadres, avec une baisse de 17% au cours du premier semestre 2001 par rapport au premier semestre de l'année 2000 (50 000 annonces publiées tous secteurs confondus, contre 60 600). Le secteur informatique est le plus affecté (-28 %), bien que les annonces représentent encore un cinquième du total avec 9 666 annonces pour la période. La filière informatique reste quand même le premier secteur devant le secteur commercial- mercatique-vente et 35 % des recrutements informatiques s'effectuent en région parisienne, juste devant la région PACA. Les offres d'emploi de cadres spécialisés en systèmes et réseaux représentent plus de 38 % des annonces, suivis de près par les recrutements en informatique de gestion qui représentent 37 % des annonces informatiques. En septembre, la baisse des demandes a continué et le secteur de l'intérim a chuté de 7 % par rapport au même mois de l'année précédente. Selon Syntec-Recrutement, le nombre de missions s'est élevé à 372 pour le troisième trimestre, contre 621 pour les mois de juin-août, pourtant traditionnellement calmes. Cela correspond à une baisse de 40 % des missions reçues.

La seconde enquête semestrielle de l'APEC pour 2001 doit paraître début mars 2002, mais va présenter une baisse des recrutements encore plus importante.

Les seules créations d'emploi du secteur des télécommunications ne concernent que de nouveaux centres d'appels (comme en février, 250 personnes à Saint Théoffey dans l'Isère) avec une forte tendance à ne plus créer que de petites implantations dont l'effectif est inférieur à 50 personnes. Mais la qualité de ces emplois ne peut pas permettre de se réjouir réellement. Depuis septembre 2001, seules les sociétés de gardiennage et de sécurité engagent massivement.

Myopie généralisée
Au-delà des drames humains que représentent les licenciements, l'une des réflexions les plus préoccupantes porte sur ce que l'on peut qualifier de myopie généralisée - dans tous les pays - de tous les organismes censés effectuer des prévisions sur l'emploi. Qu'il s'agisse des syndicats professionnels patronaux (Syntec Informatique ou des autres syndicats de l'industrie des technologies de l'information en France), de cabinets privés (PAC) ou d'organismes publics, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou en Allemagne, aucune prévision sérieuse concernant l'emploi hi-tech n'a été faite et n'a alerté des dangers de la récession, sauf lorsqu'elle était déjà là (et encore…). Il semble que la navigation à vue soit la règle, ce qui est renforcé par une pratique généralisée et renforcée de la sous-traitance qui rend les à-coups plus brutaux. Les réflexions, méthodologies et outils pour prévoir l'emploi futur restent dérisoires.

Optimisme dans le long terme
Pourtant les perspectives de l'emploi dans les technologies de l'information restent cependant bonnes à long terme. La crise est sans doute passagère, même si la reprise de l'emploi n'est pas attendue avant la fin de 2002. Sur le moyen terme, les métiers autour des télécoms et de l'informatique restent nombreux et intéressants. On ne voit pas pourquoi, soudainement, les entreprises, dont les besoins en échange de données croissent tous les jours, se mettraient à consom-mer moins de technologies de l'information. A long terme, les perspectives sont sans doute excellentes pour les spécialistes des technologies de l'information : une étude publiée l'été 2001 par la Dares (Direction de la Recherche et des Etudes et des Statistiques du Ministère de l'Emploi), sur les perspectives à l'horizon 2010 est passée inaperçue : entre 2000 et 2010, le nombre de postes d'informaticiens devrait croître en France de 53 %, de 66 % pour les chercheurs, de 48 % pour les professionnels de l'information et de la communication. En attendant, les préoccupations concernant l'emploi sont bien réelles.

Les " nouveautés " sociales de l'année

2001, c'est aussi l'échec de la Convention Collective du net, un nouveau regroupement patronal, l'émergence du droit à se déconnecter et des premières limitations de la cybersurveillance.

Sociétés Internet : la normalisation des rapports sociaux est en panne avec l'échec de la convention collective du net

Après la signature le 7 juin 2000 (après 18 mois de négociation), d'une convention collective spécifique aux entreprises de télécommu-nications, les spécialistes espéraient que tous les travailleurs du secteur des technologies de l'information seraient rapidement couverts par une convention collective. Les informaticiens sont majoritairement couverts par la convention collective du Syntec (rattaché à la CICF, Chambre des ingénieurs conseils de France), tandis que les salariés privés de France Télécom et des nouveaux opérateurs ainsi que les salariés de certaines sociétés Internet (soit environ 100 000 salariés de droit privé du secteur des télécommunications) sont couverts par la nouvelle convention de l'Unetel (Union nationale des entreprises de télécommunications).

Pourtant, les métiers du net restent globalement toujours sans protection : infographiste Internet, concepteur développeur web ou développeur multimédia, graphiste multimédia, webmestre ou administrateur de site, concepteur multimédia, web planner ou responsable marketing multimédia, ingénieur d'études web ou multimédia, consultant internet-intranet-extranet et chef de projet web ou chef de projet Internet, s'exercent sans définition et dans une insécurité relative. Le Syntec et l'Unetel militaient chacun de leur côté pour une extension de leur convention collective alors que Jean-Marie Messier (Vivendi) et Marc Blondel (FO) envisageaient une convention collective spécifique. Un accord national a bien été signé le 5 Juillet 2001 entre la CICF et des syndicats (CFCE-CGC, la CFDT, la CFTC et la CGT) afin d'introduire dans les classifications Syntec les neuf métiers en question ; mais le champ d'application de la nouvelle convention était tellement étendu qu'il a provoqué le rejet de la procédure d'extension en cours : 2001 ne sera donc pas une année bénéfique pour les salariés du Net.

Une nouvelle fédération patronale française
En France une alliance des syndicats patronaux Syntec et le SFIB (constructeurs informatiques) sous le nom de Getsi (Groupement des entreprises de technologies et de services informatiques) a désormais pour objectif de peser, au nom de l'ensemble de l'industrie informatique française, sur les pouvoirs publics et de renforcer la représentativité des professions informatiques. Pierre Deschamps, PDG d'Unilog est président du conseil d'administration de cette nouvelle fédération. Le SFIB (convention collective de l'UIMM) avait souhaité se détacher de la FIEEC (Fédération des industries électriques) pour se rapprocher du Syntec (convention collective particulière). Le Getsi apparaît comme un étage fédérateur de deux syndicats qui ont des conventions collectives différentes. Plusieurs groupes de travail ont déjà été créés : l'un pour les relations avec le secteur public, l'autre sur la formation et le troisième pour attirer d'autres fédérations.

Le droit à se déconnecter
La multiplication des outils nomades (téléphones et PC portables) rend ténues les frontières entre domicile et travail et " l'amendement Messier " permettant de défiscaliser le don d'ordinateur par les entreprises a renforcé cette tendance. Il faut donc se réjouir de la timide avancée du droit à se déconnecter pour les salariés qui a été obtenue le 2 octobre avec un premier arrêt de la Cour de Cassation dans le domaine du droit du travail appliqué aux technologies de l'information. Sur la base de l'article L120-2 du Code du Travail qui traite de l'atteinte aux Libertés, la Cour a estimé qu'un salarié n'est tenu ni d'accepter de travailler à domicile, ni d'y installer ses dossiers et ses instruments de travail (Arrêt Abram).

La cybersurveillance et ses limites
La cybersurveillance a été dénoncée maintes fois au cours de l'année, tant en France qu'à l'étranger, et dans notre pays le droit de la cybersurveillance se construit peu à peu malgré les réactions sécuritaires mises en place après les attentats du 11 septembre. D'une part en mars, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) publie un rapport d'étude et de consultation publique qui rappelle l'exigence d'équilibre entre le droit reconnu à l'entreprise d'assurer sa propre sécurité et celui, tout aussi légitime, des salariés au respect de leur vie privée et de leurs libertés. Toute mise en place d'une quelconque surveillance doit être précédée de l'information des salariés et, le cas échéant, de l'avis de leurs représentants. Elle pose également le principe dit de proportionnalité, selon lequel toute mesure susceptible d'être attentatoire à un droit fondamental doit être justifiée et surtout proportionnelle au but recherché. Par ailleurs, plusieurs arrêts rappellent l'assimilation du mél à une correspondance privée et le 17 décembre, la Cour d'appel de Paris confirme une nouvelle fois que les correspondances électroniques sont concernées par le " secret des correspondances émises par la voie des télécommunications ", qui est garanti par le code pénal (articles 226-13 et 432-9). première partie

Marie-Noelle Blancheteau

 
 
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