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L'Europe de l'Est (GP)
L'Amérique Latine (J-P G)
L'Asie-Pacifique (MB)

 
 

Les pays de l'Europe Centrale et de l'Est présentent un paysage des télécommunications extrêmement contrasté, composé à la fois :
- de pays en phase de " rattrapage accéléré " tels l'Estonie, la Hongrie, la République tchèque, la Slovénie, la Pologne et la Slovaquie ;
- de pays qui ont engagé leur processus de modernisation et de libéralisation des télécommunications mais qui peinent à le mettre en œuvre : la Roumanie, la Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie ;
- de pays, enfin, qui, hormis un timide démarrage de la téléphonie mobile, semblent " faire du sur place " depuis la fin de l'ère communiste. C'est le cas de l'Ukraine, de la Biélorussie, de la Moldavie, de l'Albanie, de la plupart des Républiques de l'ex-Yougoslavie et de la Russie - les régions de Moscou et de Saint- Petersbourg exceptées.

L'Europe de l'Est

Gérard PETIT

Les tendances lourdes qui ont marqué l'année 2001 dans la plupart de ces pays sont au nombre de trois :
- le poids de la " contrainte extérieure " - désaffection des marchés financiers pour les valeurs technologiques et difficultés de certains partenaires stratégiques occidentaux traditionnellement actifs à l'Est; détérioration des taux de change qui est venue alourdir le service de la dette …
- qui est venu freiner le mouvement de privatisations;
- l'envolée du secteur des mobiles avec, pour conséquences, la perte d'attrait des opérateurs filaires tant traditionnels qu'alternatifs pour les investisseurs ;
- la poursuite des programmes de libéralisation dans tous les pays en marche vers leur intégration à l'Union européenne.

Dans ce contexte, quelques grands opérateurs européens continuent à " creuser leur sillon " et à renforcer leur présence en Europe Centrale et de l'Est : c'est, en particulier, le cas de Deutsche Telecom et de France Telecom, mais aussi, à une échelle plus modeste, des opérateurs nordiques TDC - ex TeleDanmark - et Telenor.

Le parcours accompli en 10 ans par les pays les plus avancés d'Europe Centrale et de l'Est a conduit à un développement de l'offre de services et des usages qui les situe aujourd'hui à un niveau quasi équivalent à celui des pays d'Europe de l'Ouest, avec des taux de pénétration de l'ordre de 40 à 50 % pour la téléphonie fixe, de 50 à 65% pour la téléphonie mobile, de 15 à 20 % pour l'Internet ainsi que des taux de digitalisation du réseau de 85 à 100 %. C'est le cas pour l'Estonie, la République Tchèque, la Hongrie et la Slovénie alors que la Pologne et la Slovaquie sont un peu en retrait, affichant des taux de pénétration de l'ordre de 30 % pour le filaire et pour le mobile et de 8 à 12 % pour l'Internet.

Tous ces pays, à l'exception de la Slovénie, ont largement tiré parti des effets de levier liés à l'introduction de grands investisseurs stratégiques dans le capital de leur opérateur national. Ce fut le cas, dès le milieu des années 90, pour la Hongrie avec l'entrée de Deutsche Telecom au capital de Matav, pour la République tchèque avec la venue du Néerlandais KPN et de Swisscom au travers du consortium Telsource et de l'Estonie avec les prises de participation du Suédois Telia et du Finlandais Sonera dans le capital de Eesti Telekom. La Pologne et la Slovaquie ont attendu juillet 2000 pour ouvrir le capital de leurs opérateurs dominants - TPSA et Slovak Telecom - respectivement à France Telecom et à Deutsche Telecom. De la même manière, tous ces pays ont su associer, dès le départ, les grands opérateurs européens et/ou nord américains au lancement de leurs opérateurs de téléphonie mobile.

La structure des revenus des opérateurs de ces pays tend à se rapprocher de celle des opérateurs occidentaux, avec un poids croissant des revenus des mobiles et des activités de données ; les débats qui animent l'univers des télécommunications dans des pays tels la Hongrie ou la République tchèque sont ceux qui ont eu cours en France dans les 24 derniers mois, à savoir, ceux sur les conditions de l'accès des nouveaux entrants sur la boucle locale, sur la portabilité des numéros et sur la sélection de l'opérateur par l'appelant ou encore, sur les modalités d'attribution des licences UMTS.

Par différence, un grand nombre de pays ont peine à décoller. C'est notamment le cas de la Roumanie et de la Bulgarie, deux pays importants, candidats de la " deuxième vague " pour l'intégration à l'Union européenne.

Ces pays qui se sont engagés à libéraliser leurs télécommuni-cations pour 2003, affichent des taux de pénétration modestes tant pour les lignes fixes (16,7 % pour la Roumanie, fin 2001) que pour la téléphonie mobile (12 % pour la Bulgarie et 15 % pour la Roumanie), avec des taux de numérisation du réseau qui peuvent être très bas (18,6 % pour la Bulgarie, fin 2001). Ces pays ont aussi en commun de n'avoir pas réussi à attirer d'investisseurs stratégiques majeurs : la Bulgarie a échoué, en août 2000, dans une première tentative d'ouverture du capital de son opérateur national BTC et le gouvernement vient d'annoncer son intention de le privatiser d'ici à fin 2002. La Roumanie, quant à elle, a choisi en 1998, dans des conditions très controversées, d'adosser Romtelecom à l'opérateur grec OTE. L'effet de cette collaboration a été surtout sensible, jusque là, au niveau de la modernisation de l'infrastructure de réseau.

Parmi les pays qui peinent à se départir de leur position de " sur place ", l'Ukraine constitue une bonne illustration, avec des taux de pénétration de 3,5 % pour les mobiles et de 15,5 % pour la téléphonie fixe. Début 2001, le gouvernement, contraint de réduire le déficit budgétaire de l'Etat sur l'injonction du Fonds Monétaire International, annonçait la mise sur le marché de 37 % du capital de l'opérateur national Ukrtelekom et de 51 % du capital de UMC, l'opérateur mobile national. Suite à de nouvelles élections au parlement, le programme de privatisation de Ukrtelekom a été reporté sine die et la nouvelle ouverture du capital de UMC se limitera à 25 % de celui-ci. Deutsche Tele-kom, déjà propriétaire de 16,5 % du capital de UMC, s'est porté candidat.

L'année 2000 avait été marquée par des " événements extérieurs " - enchères UMTS en Europe, effondrement des valeurs technologiques sur les places financières occidentales - qui avaient quelque peu détourné l'attention des investisseurs potentiels et qui avaient conduit à l'ajournement de plusieurs opérations de privatisa-tion à partir de l'été 2000. L'année 2001 a commencé avec des an-nonces de retrait de certains investisseurs stratégiques majeurs tels l'opérateur néerlandais KPN, très endetté mais partenaire de référence au capital de Cesky Telecom - l'opérateur historique tchèque - et de sa filiale mobile Eurotel, mais aussi très engagé en Hongrie au sein de Pantel, deuxième opérateur derrière Matav, et de sa filiale de téléphonie mobile Pannon. Dans un même mouvement, GTS, opérateur pan-européen de réseaux à hauts débits présent en République tchèque, en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, annonçait sa volonté de quitter la région. Finalement, du fait de la pénurie de cash qui a affecté l'industrie des télécommunications en 2001, les deux opérateurs cités n'ont trouvé que de rares candidats prêts à les libérer de leurs actifs. La seule opération qui ait abouti est, en juillet, la vente de 44,7 % de Pannon - 2ème opérateur GSM hon-grois, avec 1,8 millions d'abonnés - par KPN au norvégien Telenor.

A cela est venue s'ajouter la détérioration des taux de change des monnaies nationales par rapport au dollar, monnaie dans laquelle sont libellés la plupart des emprunts effectués par les opérateurs et par les Etats, d'où un renchérissement du service de la dette qui a eu pour conséquences :
- de mettre plusieurs opérateurs alternatifs dans l'impossibilité de payer leurs échéances, cette fin d'année ; ce fut notamment le cas pour les Polonais Netia et Elektrim dont la situation est tout à fait précaire. L'Etat roumain a dû, par ailleurs, accorder un crédit relais de 50 millions de dollars à l'opérateur national Romtelecom pour qu'il honore le service de sa dette à partir décembre 2001;
- de conduire certains Etats en manque de trésorerie à procéder à des privatisations et à des ventes de licences UMTS dans l'urgence et à des prix très en deçà des montants initialement espérés; ainsi, l'Etat tchèque qui avait inscrit à son budget 2001 une recette attendue de 675 millions de dollars pour la vente de Ceske Radiokomunicace - opérateur national de radio et télédiffusion et actionnaire à 51 % de Radiomobil, deuxième opérateur mobile du pays avec 2,85 millions de clients - a finalement conclu l'affaire en octobre 2001 en vendant pour 184 millions de dollars au consortium Bividéon constitué de Deutsche Bank et du Danois TDC déjà au capital à raison de 21 %. Entre temps, l'Etat tchèque avait refusé en mars 2001 une première offre de TDC de 232 millions de dollars, jugée insuffisante. Il en est de même pour les licences UMTS attribuées le 14 décembre aux deux leaders de la téléphonie mobile - Eurotel détenu à 51 % par Cesky Telecom et à 49 % par Atlantic West, consortium constitué de AT&T Wireless et de Verizon ; ainsi que Radiomobil, détenu à 49 % et opéré par Deutsche Telekom -. L'Etat tchèque avait inscrit la vente de quatre licences à 125 millions de dollars chacune ; l'appel d'offre n'a attiré que deux soumissionnaires qui paieront, sur 10 ans, un total de 104 millions de dollars pour Radiomobil et de 96 millions de dollars pour Eurotel.

L'année 2002 devrait voir des opérations de privatisation importantes : l'Etat tchèque engage, le 9 janvier 2002, le premier tour de consultation pour la vente de sa participation de 51,1 % dans Cesky Telecom avec, en option, la vente des 27 % de sa participation par Telsource, le consortium qui associait à 50/50 le néerlandais KPN et Swisscom au capital de l'opérateur tchèque ; l'Etat roumain a annoncé la vente de 30 % des parts de Romtelecom dont il détient encore 65 % du capital ; enfin, l'Etat bulgare entend mettre sur le marché un package comprenant une part encore non déterminée du capital de BTC et la troisième licence GSM du pays.

Un deuxième fait marquant de l'année 2001 a été l'envolée du secteur des mobiles avec, pour conséquences, la perte d'attrait des opérateurs filaires tant traditionnels qu'alternatifs pour les investis-seurs et surtout l'apparition des premiers cas de cessation de paiement ou de faillite chez les opérateurs alternatifs.

Plombés par le caractère hautement capitalistique de leur activité et par le poids de leurs dettes, les opérateurs filaires se trouvent confrontés à des effets de substitution croissants de la téléphonie fixe vers les mobiles ; d'où leur perte d'attrait aux yeux des investisseurs et les difficultés accrues rencontrées par les gouvernements dans la mise en œuvre de leurs programmes de privatisation. Aussi, les états ont-ils pris des mesures pour préserver les intérêts et ce qu'il reste de la valeur marchande de leur opérateur dominant : lenteur dans la mise en œuvre des règles de l'interconnexion et de l'accès à la boucle locale par les opérateurs alternatifs, en Hongrie, en République tchèque et en Pologne ; insistance à conserver, voire à renforcer la position de l'opérateur national dans le capital de sa filiale de téléphonie mobile - ce fut notamment le cas en République tchèque où Cesky Telecom a tenté, cet été, une transaction avec le consortium Atlantic West afin de prendre le contrôle total de sa filiale mobile Eurotel dont il détient 51%des parts - ; développement en cours des offres ADSL et des services Internet, en vue de tirer le trafic sur le réseau. Eesti Telekom, Matav, Cesky telecom, ou même TPSA présentent des offres de services équivalentes à celles des grands opérateurs d'Europe de l'Ouest.

Par contre, la viabilité des opérateurs filaires alternatifs tels les polonais Netia et Elektrim, le hongrois Pantel ou l'américain GTS est loin d'être assurée à court et moyen terme. En effet, au poids de leurs dettes, viennent s'ajouter toutes les difficultés rencontrées pour l'accès à la boucle locale dans la phase actuelle de transition vers un marché vraiment libéralisé tel que le requiert un strict alignement sur les " acquis communautaires ".

Le dernier fait marquant est la poursuite des programmes de libéralisation dans tous les pays en marche vers leur intégration à l'Union européenne. Les dix pays de la " première " et " deuxième vague " sont maintenant dotés d'une loi des télécommunications en ligne avec les " acquis communautaires " ainsi que d'une instance de régulation indépendante. Par contre, comme cela a été signalé plus haut, la volonté politique n'est pas partout aussi forte lorsqu'il s'agit de libéraliser au quotidien. L'Estonie semble être en pointe ; l'ensemble des dispositions pour l'accès à la boucle locale et pour la mise en œuvre de l'interconnexion étaient prêtes au 1er janvier 2001 et deux opérateurs alternatifs, dont Tele2, travaillent sur un pied d'égalité avec Eesti Telekom. La Hongrie a officiellement libéralisé son secteur des télécommunications depuis le 23 décembre 1991, même si les propositions de Matav pour l'accès à la boucle locale n'avaient pas encore reçu l'agrément du régulateur au 31 décembre 2001, après plusieurs rejets successifs. Enfin, en République tchèque, Cesky Telecom a obtenu un délai de grâce puisqu'il a été autorisé à ne mettre en œuvre la sélection de l'opérateur par l'appelant qu'au 1er juillet 2002 et la portabilité des numéros qu'au 1er janvier 2003.

Dans ce contexte, quelques grands opérateurs européens ont continué à " creuser leur sillon " et à renforcer leur présence en Europe Centrale et de l'Est. L'opérateur le plus présent est, sans con-teste, Deutsche Telecom qui contrôle plusieurs opérateurs historiques :
- Matav, l'opérateur hongrois, qu'il contrôle à 59,58 % depuis qu'il a repris les participations de l'américain SBC en juillet 2000 ;
- Slovenske Telekomunikacie (ST) dont il acquis 51 % du capital en juillet 2000 ;
- enfin, l'opérateur croate, Hrvatske Telekomunikacije, dont il détient 51 % du capital depuis l'été 2001.

Deutsche Telecom est par ailleurs très présent dans l'univers des mobiles, d'abord à travers les filiales des opérateurs historiques qu'il contrôle - Westel, leader en part de marché en Hongrie ; Eurotel, numéro deux sur le marché slovaque ; HPT, leader en Croatie - mais aussi au travers de participations de T-Mobile International qui détient 55,99 % du capital de Radiomobil - leader sur le marché tchèque - et 49 % du capital de Polska Telefonia Cyfrowa (PTC) aussi leader du marché polonais des mobiles. Par contre, dans ce dernier cas et suite à un accord de septembre 2001 entre Vivendi Universal et le groupe Elektrim, Vivendi est devenu majoritaire au sein de PTC qu'il contrôle à 51 % au travers de sa joint-venture avec Elektrim. Cepen-dant, face aux déboires actuels du groupe Elektrim, Deutsche Telekom ne perd pas l'espoir de reprendre le contrôle de PTC.

Deutsche Telekom s'apprête, par ailleurs, à monter dans le capital de l'opérateur mobile ukrainien UMC, sa participation passant de 16,5 % à 41,5 % ; il devrait ainsi prendre le relais du Néerlandais KPN comme chef de file. Enfin, citons l'expérience de la Macédoine où Deutsche Telecom à utilisé sa filiale hongroise Westel comme " poisson pilote " pour prendre le contrôle de l'opérateur mobile local maintenant dénommé Maktel.

L'UMTS dans les pays de l'Est
Pologne, 2000, enchères pour 5 licences, 2 attribuées, 15,5 $/habitant
République tchèque, 2001 enchères pour 3 licences 2 attribuées 8,8 $/habitant
Slovénie, 2001, enchères pour 3 licences, 1 attribuée, 44,5 $/habitant
Slovaquie, 2002, concours pour 3 licences (dont une UMTS+GSM)

France Telecom qui jouait le rôle de " second couteau " a consi-dérablement renforcé sa position en montant au capital de l'opérateur polonais TP S.A. Depuis septembre 2001, il détient, en consortium avec Kulczyk Holding, 47,5 % du capital de l'opérateur historique, avec une option sur 2,5 % plus une action à saisir d'ici à fin 2002. Il s'empare aussi du contrôle total de PTK-Centertel, deuxième opéra-teur mobile polonais qu'il détenait en association avec TP S.A. Il se trouve ainsi en position de pouvoir restructurer l'organisation d'ensemble de TP S.A qui vient d'annoncer un programme de réduction d'effectifs de 12 500 personnes, soit 1/5 du personnel.

France Telecom est par ailleurs présent, sous sa marque Orange, dans plusieurs autres pays au travers de filiales de téléphonie mobile. C'est le cas de Globtel et de Mobilrom, leaders en part de marché respectivement en Slovaquie et en Roumanie. France Telecom est aussi présent en Moldavie au travers de sa filiale mobile Voxtel.

Enfin, alors que l'opérateur suédois Telia est à la peine avec Netia en Pologne, les opérateurs danois TDC et norvégien Telenor ont renforcé leurs positions à la faveur de la privatisation de Ceske Radiokomunicace, pour le premier, et du retrait de KPN de l'opérateur mobile hongrois Pannon, pour le second.

Gérard PETIT

2001 a été une années de forte activité du côté des ventes aux enchères en Amérique Latine, avec des fortunes très diverses.

Amérique Latine

Jean-Paul GOULVESTRE

En Bolivie la libéralisation planifiée pour novembre 2001 a bien eu lieu. Sittel, le régulateur national, a octroyé des licences à 19 compagnies et attend de cette opération un investissement dans le secteur de l'ordre de 800 millions de $ en cinq ans.

Au Brésil faute de candidats les enchères sur les bandes C et E on tété annulées. Les enchères sur la bande D ont permis à Telecom Italia d'obtenir 2 licences et Telemar une. L'opération n'aura rapporté que 1334 millions de $ à l'état brésilien sur les 3 milliards attendus.

Au Chili Subtel, le régulateur chilien a ouvert en janvier des enchères pour 6 licences de boucle locale radio et PCS dans la bande des 50 MHz dans 13 régions. 39 candidats ont manifesté leur intérêt en demandant le cahier des charges. En Colombie, afin de développer les PCS, les autorités ont ouvert des enchères en vue d'attribuer des licences dans la bande C (1900 MHz). Ce processus sera fermé aux actuels opérateurs.

En Equateur malgré l'échec de ses deux précédentes tentatives de privatisation des compagnies publiques de téléphonie, Andinatel et Pacifictel, le régulateur, Conatel, envisage la suppression des monopoles des deux opérateurs publics et l'octroi de licences à de nouveaux entrants. Des enchères seront mises en œuvre en 2002 pour attribuer des licences de téléphonie mobile dans les bandes B,C et D.

Après avoir envisagé de licencier 20% du personnel de Hondutel pour favoriser sa privatisation partielle le Honduras a renoncé à cette opération estimant que la conjoncture économique et financière mondiale n'était pas assez favorable. Six licences mobiles devraient cependant être mises aux enchères au début de l'année 2002. Après 3 tentatives infructueuses de privatisation depuis 1996 de l'opérateur national le gouvernement nicaraguayen a attribué 40% du capital d'Enitel au suédois Telia. Les autorités ont dû modifier la loi de privatisation pour rendre les enchères plus attractives et se contenter de deux candidats Telia et le mexicain RadioMóvil Dipsa, France Télécom pré-qualifié au travers de sa filiale salvadorienne s'étant retiré de la dernière phase.

Au Paraguay la phase de pré-qualification du processus de privatisation de l'opérateur national Antelco, qui doit se intervenir en mars 2002, a permis de retenir 5 candidats: Brasil Telecom, MIC's Telecel, Telecom Argentina, Telefónica Internacional et Companía de Telecomunicaçoes.

Par contre suite à un désaccord entre les deux opérateurs nationaux les autorités uruguayennes ont dû reporter au 28 février 2002 les enchères en vue de l'attribution des licences des générations 2,5 et 3 de téléphonie mobile. Enfin au Venezuela la Conatel a attribué 15 licences régionales d'opérateurs de boucle locale radio. Parmi les grands vainqueurs Bell South (5 licences), Genesis Telecom (4 licences) et Entel Chile (1 licence à Caracas). Dans le même temps l'espagnol Netsat Communications qui avait gagné une licence a été exclu du processus faute d'en avoir payé le montant dans les délais impartis. Sa licence sera ré-attribuée. La Conatel a, par ailleurs, ouvert un appel d'offre en vue de l'attribution en mars 2002 de fréquences radio à haut débit (LMDS). Malgré un nombre conséquent (7) de candidats le régulateur a dû reporter les enchères deux fois, la première pour motif technique (disparités dans la disponibilité des fréquences), la deuxième, en raison d'une conjoncture internationale défavorable. Il comptait octroyer 11 licences, une nationale et deux ensembles de 5 licences régionales.

Jean-Paul GOULVESTRE

Asie-Pacifique

L'Asie apparaît comme la zone phare de l'année, qu'il s'agisse de développements technologiques (3G au Japon, large bande en Corée) ou de la croissance du marché (Chine, Inde).

Certes l'environnement concurrentiel y est en général plus restrictif qu'ailleurs, avec des régulateurs souvent bien peu " indépendants " (une étude du Yankee Group a qualifié leur statut de " pre-indépendance " pour 71 % des régulateurs de la zone). De plus, le niveau de vie parfois très bas limite les taux de pénétration mais la démographie reste attrayante et les politiques gouvernementales très incitatives.

Ainsi en Inde, on prévoit de doubler le nombre actuel de lignes (33 millions à fin 2001) d'ici à 2004 au prix d'un investissement de 15 milliards de dollars. Après une phase relativement chaotique, les mobiles indiens sont en train de se structurer autour de trois grands opérateurs : Birla-Tata-AT&T-BPL (issus de la fusion annoncée en juin 2001 de BPL avec les trois autres), Hutchison et Bharti. Ce dernier se prépare à une introduction en bourse en 2002. Du côté des opérateurs publics, MNTL a ouvert son service mobile à Mumbai et New Delhi avec un succès initialement mitigé qui l'a amené à baisser ses prix.

Avec l'Inde, c'est la Chine qui est la grande vedette asiatique. L'entrée officielle du pays dans l'OMC le 11 décembre 2001 ouvre la porte aux investisseurs étrangers qui vont pouvoir profiter du boom. Nortel a engrangé un milliard de dollars de commandes en Chine au premier semestre ! Du moins si la situation institutionnelle s'éclaircit : finalement, la réforme des compagnies de télécoms devrait se faire en Chine. China Railcom, issue des chemins de fer, s'est lancée dans la bataille contre le géant China Telecom, dont on attend la partition en deux (nord et sud) pour 2002. La partie " nord " serait fusionnée avec China Netcom, qui est partiellement détenue par l'association de Golman Sachs et NewsCorp et avec Jitong Communications. Elle serait rebaptisée China Netcom Jitong.

PCCW (Pacific Century CyberWorks) était la grande star de Hong Kong avec Hutchison Whampoa. Mais alors que le très riche conglomérat poursuivait tranquillement sa route (voir encadré ci-dessous), l'étoile de Richard Li (fils du richissime Li Ka-Shing, qui possède aussi Hutchison !) a pâli. PCCW, sa compagnie, avait repris Hong Kong Telecom à Cable & Wireless en 2000 et s'était lancée sans retenue dans les activités Internet. En 2001, l'entreprise se retire de ses dernières et ploie sous les pertes, les plus fortes jamais enregistrées à la Bourse de Hong Kong.

La Corée du Sud est sacrée championne du monde de la large bande par l'OCDE : 14 % de taux de pénétration mi-2001 (le suivant est le Canada à 6 %, la moyenne de l'OCDE est à 2 % et celle de l'Union européenne est à moins de 1 %). Les deux tiers des abonnements sont en DSL, le reste en câble TV. Il semble que le développement de la téléphonie IP stimulée par des prix attractifs et une concurrence active entre fournisseurs expliquent ce phénomène.

Au Japon, la 3G démarre doucement avec FOMA, mis en place par NTT DoCoMo. Mais NTT subit des pertes financières sur ses investissements aux Etats-Unis (Verio) et en Europe (KPN) et supporte des charges de restructuration : 100 000 salariés sont transférés dans les filiales. La large bande progresse très rapidement, avec environ un million d'abonnés ADSL en fin d'année. Softbank a lancé un plan audacieux de déploiement cette technologie, prévoyant d'investir un milliard de dollars... Enfin, Vodafone devient seul maître à bord de Japan Telecom.

Au Viêt-nam le gouvernement a approuvé un plan visant au démantèlement du monopole des télécommunications d'ici à 2010. Il existe déjà une concurrence dans les mobiles, par exemple, mais elle ne porte pas sur les prix, qui sont fixés par le régulateur…

L'opérateur de l'année : Hutchison Whampoa

Membre du groupe Li Ka-shing, Hutchison Whampoa est une entreprise diversifiée, présente dans 36 pays et qui emploie directement ou indirectement 100 000 personnes. Elle a des activités dans cinq secteurs : la gestion des ports (dont elle est le leader mondial), l'immobilier et les hôtels, la distribution, l'énergie et les télécommunications. La société est entrée dans ce dernier domaine en 1985, d'abord dans les mobiles, puis par la suite dans le fixe et maintenant aussi dans le commerce électronique : elle possède par exemple 30 % de priceline.com.

Opérateur discret, Hutchison est derrière le succès d'Orange en Europe (depuis revendu à Vodafone) et de Voicestream aux Etats-Unis (également revendu à Deutsche Telekom). La compagnie a des participations dans six licences UMTS en Europe, qui lui ont coûté de l'ordre de 12 milliards d'Euros, ce qui en fait un acteur majeur. Elle est aussi présente dans une dizaine de pays aussi divers que le Ghana, l'Inde ou le Paraguay.

Sur le plan financier, Hutchison a bénéficié de ses excellents investissements, dont la revente lui a assuré, les années passées, une rentabilité exceptionnelle. Ainsi, en 2000 le profit après impôt s'élevait à 4,3 milliards de dollars, soit 66 % du chiffre d'affaires ! Les télécommunications représentaient 12 % du chiffre d'affaires cette même année et 5,5 % du total de l'EBITDA.

En Australie, le singapourien Singtel a finalement acheté Optus, deuxième opérateur du pays, à Cable & Wireless après une bataille acharnée contre Vodafone. Singtel confirme ainsi ses ambitions régionales, puisque l'opérateur est aussi présent en Thaïlande, Inde, Indonésie (22 % de Telkomsel, opérateur cellulaire acheté en novembre), à Hong-Kong, Taiwan et aux Philippines. Presque la moitié du chiffre d'affaires de la compagnie provient maintenant de l'étranger.

Et pour finir, des nouvelles de Thaïlande où le magnat des télécommunications Thaksin Shinawatra est devenu Premier ministre à la suite des élections législatives de janvier. Par ailleurs, le groupe diversifié Charoen Popkphand (qui possède TelecomAsia avec Verizon), investisseur " opportuniste " dans les télécommunications, a déclaré vouloir se recentrer sur son métier de base, l'agro-alimentaire.

Michel Berne

 
 
coin telecom

institut national des télécommunications