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Une
sale année pour les patrons
Marie-Noëlle BLANCHETEAU
Si certains
patrons continuent de bénéficier des largesses de
l'époque précédente comme Antonio
Perez et Marc Lassus chez Gemplus dont les " parachutes en
or " sont de 12,5 millions d'euros chacun, l'affaire Enron
entraîne la défiance à l'égard des comptes
des entreprises et fait sauter les protections des dirigeants. Dennis
Kozlowski (Tyco), Bernie Ebbers (Worldcom) sont devenus les symboles
de l'escroquerie financière et la nouvelle loi américaine
Sarbanes-Oxley, rend les patrons responsables de leurs comptes devant
la justice, ce qui a des conséquences dans tous les secteurs.
Trois fonds de pension (CalPers, CalSTRS, Lacera) attaquent en justice
Bernie Ebbers, Scott Sullivan, l'ancien directeur financier et Brad
Burns le porte-parole du groupe Worldcom.
Les
traditions européennes d'une surveillance moindre des grands
patrons sont remises en cause et les conseils d'administration réagissent.
La loi française sur les nouvelles régulations économiques
(NRE), qui rend les administrateurs responsables des comptes des
entreprises, a sans doute poussé Bernard Arnault (PDG de
LVMH) à démissionner du conseil d'administration de
Vivendi et précipité la chute de J2M qui se voyait
pourtant à la tête de son groupe pendant 15 ans ; ce
dernier doit abandonner et son poste, et son parachute doré.
Le montant de ses indemnités de départ défraie
les chroniques de juillet 2002 : trois fois son salaire annuel (18
millions d'euros) mais la menace de poursuites pénales l'oblige
à y renoncer.
En Allemagne,
le patron de Deutsche Telekom Ron Sommer se fait huer par ses actionnaires
en mai et Bertelsmann débarque son PDG Thomas Middelhoff
en juillet. Joseph Nacchio (Qwest) doit abandonner un salaire annuel
de 1,5 million de dollars, un bonus pouvant aller jusqu'à
3,75 millions et un plan de stock-options de 300 millions. Même
Jack Welch, le mythique patron de GE est rattrapé dans sa
retraite par une affaire de prime de départ, il est vrai,
à l'occasion d'une méchante révélation
de son ex-épouse. Michael Capellas, ancien dirigeant de Compaq
puis de HP démissionne pour prendre la tête de Worldcom,
alors en perdition, au grand dam de certains analystes financiers,
mais deux mois plus tard, ses prétentions salariales sont
remises en cause par un juge fédéral car " foncièrement
excessives " au regard des principes éthiques de gouvernance
des sociétés en redressement judiciaire. En effet
son contrat initial prévoyait un salaire annuel de 1,5 M$,
une prime de 2 M$ à la signature, un bonus de 1,5 M$ garanti
pour 2003, 18 millions d'actions (à condition que l'opérateur
sorte de la faillite) et des titres supplémentaires pour
les années suivantes.
L'insoutenable
lenteur de la reprise
Dans
cette année encore bien sombre, on peut quand même
relever des créations d'emploi. Certes, les enquêtes
de l'Apce et de l'Insee (Informations rapides N° 367) montrent
que les créations d'entreprises ne viennent pas compenser
les pertes d'emplois puisque seulement 163 758 créations
pures ont eu lieu au cours des 11 premiers mois de 2002 (à
comparer aux 163 881 pour la même période en 2001)
et que les reprises sont également en chute de 317 créations
sur la même période (de 2,5 à 6 % selon les
activités), mais certains projets aboutissent :
-
STMicroelectronics, Motorola et Philips créent
un pôle de recherches à Crolles (Grenoble) avec 1500
emplois (plus 4500 emplois induits dans la région) avec
fermeture des usines les plus anciennes de semi-conducteurs
- Intel
démarre un nouveau site en Irlande (700 emplois fin 2003)
;
- L'Europe
adopte en mai le projet Galileo de navigation par satellite qui
doit à l'horizon 2008, créer 140 000 nouveaux emplois
;
- Création
à Castres en septembre d'une joint venture Pierre Fabre
Informatique (50 salariés) avec CGEY;
- Les
divers centres d'appels continuent de créer des emplois
: Acticall crée un centre à Vervins dans
l'Aisne, Call-it deux centres dans les Ardennes à Givet
et Chooz, Expérian (500 personnes), Hays
(groupe britannique de 25 000 personnes dans les centres d'appels)
ouvre un centre à Chalons-en-Champagne, Infomobile
(filiale de Bouygues SA) crée 160 nouveaux postes à
Bourges, Ligne Claire (60 postes à Rillieux-La-Pape),
Phone Consulting (270 nouveaux emplois à Decazeville),
Qualiphone (270 postes à Carmaux) ;
Il
faut également souligner que la majorité des petites
et moyennes entreprises hi-tech informatiques ou Internet passent
enfin aux 35 heures, parfois avec des négociations difficiles
de dernière minute et des disparités importantes selon
les entreprises.
Une
image dégradée
Ce
long marasme est dommageable au secteur car, conséquence
directe de la crise, l'attractivité des entreprises high-tech
baisse fortement auprès des jeunes des grandes écoles,
au profit d'entreprises que l'on peut qualifier de traditionnelles
comme PSA ou Danone. Selon l'enquête annuelle de Taylor Nelson
Sofres Management sur les préférences de ces étudiants,
Matra et Cegetel sortent du classement au profit de Peugeot, le
leader de cette année et de Renault qui est en quatrième
place en 2002 chez les ingénieurs. Chez les étudiants
des écoles de commerce, Danone est en première place
(elle était 10ème en 1998) et Cegetel disparaît
des dix premières places du classement 2002. Les meilleurs
finiront-ils par chercher un emploi dans un autre secteur ? Les
perspectives de l'emploi en France et en Europe restent pourtant
correctes surtout en raison du Papy boom qui fait craindre à
certains des difficultés de recrutement dans les proches
années futures.
Prédire la date de la reprise de l'emploi relève
de l'exercice périlleux auquel plus aucun dirigeant du secteur
hi-tech ne se risque à l'heure actuelle et nous ne nous y
risquerons pas non plus.
première
partie
Marie-Noëlle BLANCHETEAU
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