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Pour la septième fois nous tentons une synthèse de l'année écoulée dans les technologies de l'information et de la communication (TIC). Cette entreprise est difficile car le foisonnement de l'actualité nous oblige à une veille scrupuleuse et à des tris déchirants. Et en même temps, force est de constater que le monde des TIC bouge finalement plus lentement qu'on ne le pense généralement.

En 1998, la marque de montre Swatch avait lancé un modèle qui comptait le temps en " beats ". Un jour valait 1000 " beats ". C'était l'époque de la bulle Internet et on disait qu'il fallait passer à l'" Internet Time ", un temps très accéléré où un mois traditionnel pa-raissait long comme une année, où la semaine remplaçait le mois etc.

Cette illusion s'est dissipée. Bien sûr, les processus (les routines) se sont terriblement accélérés grâce aux TIC, bien sûr la science et la technologie avancent à grands pas, mais la marche des affaires n'est guère plus rapide qu'avant. Il faut des années pour solder un procès (pensons à Microsoft) ; il faut plus d'une année en moyenne pour boucler (ou renoncer à) une grande fusion d'entreprises (AT&T-Comcast, EchoStar-DirecTv) ; il faut souvent plusieurs années pour dénouer un imbroglio capitalistique (Cegetel) ; et au niveau où le politique rencontre le social et le technique, il faut 18 mois pour implanter une station de base en Ile-de-France… et une bonne dizaine d'années pour la gestation d'une norme majeure ! (génération mobile, TNT etc.)

Et voilà qu'on parle en plus de ralentissement. Le ralentissement des affaires en 2002, ce n'est pas seulement qu'il y a moins de transactions ou d'embauches, mais aussi qu'elles vont moins vite : on réfléchit, on négocie et tout ceci retarde les prises de décision. Il y a le temps de l'Internet, mais il y a aussi un autre rythme, celui des régulateurs, des juges, des consommateurs. Espérons que toute cette lenteur évitera les erreurs…

2002 - ce n'est pas un scoop - n'est pas une bonne année pour les technologies de l'information et de la communication. Quatre raisons principales peuvent être avancées.

La première tient aux conséquences de la transition vers la concurrence dans les télécommunications. Certes les prix ont baissé, mais l'eldorado envisagé un temps était un mirage. Les marges ont également chuté ; les surinvestissements réalisés ont débouché sur une crise de surcapacité, toujours grave dans les industries supportant de gros coûts fixes. Les équipementiers télécoms sont sinistrés pour plusieurs années, les opérateurs doivent revoir leurs ambitions à la baisse et tout " l'écosystème " des télécoms souffre.

Tout ceci ne serait qu'une péripétie mineure si des doutes insistants n'étaient apparus concernant le modèle de croissance généralement admis jusqu'alors, celui de la convergence des services de télécommunications, des médias et de l'informatique. La transition vers des services comme l'UMTS, ou ceux que permet l'accès large bande à Internet, est beaucoup plus difficile qu'il avait été envisagé. Et force est de dire qu'aucun modèle alternatif crédible n'existe. D'où le désamour des investisseurs pour le secteur.

Et pour en finir sur les raisons propres aux TICs, il faut aussi bien dire que ce secteur est miné par une perte de confiance générale. Quelle crédibilité accorder aux comptes des opérateurs après les errements de Worldcom ? Quelle confiance dans les stratégies d'entreprise après l'effondrement en bourse de France Télécom, d'Alcatel, de Vivendi ? Quel degré de responsabilité sociale des médias à l'heure de la " télé-réalité " ? Comment apprécier les risques techniques (pollution électromagnétique, virus informatiques et autres cyber-terrorismes) ?

Ajoutons à tout cela une conjoncture économique faiblarde, des incertitudes géostratégiques et nous avons tous les ingrédients d'une année médiocre.

Le discours de 2002 est donc noir et ceux qui font profession de " veilleurs " économiques et sociaux sont déjà passés à autre chose. Jeremy Rifkin, qui avait théorisé la société de l'information, s'est pris de passion pour l'hydrogène dans son dernier ouvrage. Le très austère économiste spécialiste de la régulation Robert Boyer a intitulé sa dernière production " De l'octet au gène ". C'est profondément injuste, car la vitalité technique, sociale et économique du secteur des TIC est considérable. Mais si les feux de la rampe s'éteignent sur les technologies de l'information c'est peut-être tant mieux. Pendant que le public est occupé ailleurs, nous allons pouvoir tirer sereinement les leçons des événements passés et préparer l'avenir et ceci d'autant plus que le " fonds de commerce " des TIC continue à croître : jamais on n'a autant téléphoné ni utilisé Internet ou encore regardé la télévision. La crise est donc toute relative.

Nous constatons que la taille de cet ouvrage augmente d'au moins 20 pages par an, actualité oblige. Pour maintenir un panorama complet de la situation des télécommunications dans le monde, notre couverture du reste des TIC (médias, Internet) prend majoritairement la forme d'articles sur des thèmes transversaux aussi divers que possibles. Nous avons gardé l'idée d'avoir des textes complémentaires en français et en anglais. Comme d'habitude, le coordonateur remercie celles et ceux qui ont participé à la relecture des épreuves mais assume toute les erreurs et omissions et demande aux lecteurs l'indulgence pour un document réalisé par la force des choses en très peu de temps.

Après avoir passé en revue la conjoncture de l'année, la fin de ce chapitre introductif est consacrée à la recherche dans les TIC.

cliquer pour avoir le début du document  puce_jaune Michel BERNE 

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