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Des conclusions provisoires
Il ne saurait être question ici de divination,
seul l'avenir nous apprendra la fin de l'histoire... Toutefois,
dès le début 2003, quelques enseignements de cette
crise apparaissent clairement.
Michel
BERNE
La première conclusion, connue depuis longtemps
et fort cynique, est qu'il vaut mieux être gros et visible
pour traverser les tempêtes. Enron et Arthur Andersen n'étaient
pas assez importants et/ou indispensables pour survivre, et ces
entreprises ont disparu. Worldcom, même dans un contexte américain
de capitalisme pur et dur, ne pouvait pas disparaître, du
moins pas tout de suite, sous peine de mettre en péril la
continuité de l'exploitation des réseaux de télécommunications
et Internet. Selon Telegeography, c'est le plus gros opérateur
international dans le monde et l'entreprise a donc été
sauvée. Il en va de même pour France Télécom,
géant indispensable dont la faillite aurait entraîné
des conséquences techniques, écono-miques, sociales
et politiques incalculables. Bien que beaucoup plus petit, Kirch
a bénéficié du même traitement de faveur
car laisser fermer un groupe de médias, ou pire encore le
voir tomber aux mains de ses adversaires, est impensable pour un
gouvernement en année électorale.
La deuxième conclusion est elle aussi fort
connue. Les actionnaires et le conseil d'administration qui les
représente n'ont qu'une idée imprécise de la
situation des entreprises qu'ils contrôlent et découvrent
les problèmes avec retard. Il est certain que l'actionnaire
majoritaire, l'Etat dans les deux cas de France Télécom
et Deutsche Telekom, n'a pas été terriblement clairvoyant,
mais cela n'a pas été pire que dans d'autres entreprises.
En situation de concurrence, l'Etat actionnaire est très
limité dans ses interventions car il est également
le garant du développement du marché. On ne saurait
s'étonner qu'il agisse donc avec une grande prudence pour
ne pas se faire taxer de partialité. Les remèdes à
ce problème sont, hélas, quasiment dérisoires
quand un consensus existe sur les stratégies à mener
(comme on l'a connu jusqu'en 2001) et compte tenu du mode de sélection
des dirigeants : renforcement de l'indépendance des conseils
d'administration et des analystes financiers, durcissement des normes
comptables et financières, meilleure séparation des
actions d'audit et de conseil. Il n'y a qu'une issue certaine, c'est
le départ du dirigeant incriminé - mais c'est alors
trop tard.
La troisième conséquence, qu'on n'a pas assez dite,
est que cette crise n'a pas mis en cause radicalement le modèle
de la concurrence dans les services publics, sauf chez certains
syndicats nostalgiques de l'ordre ancien qui voulaient aussi "
re-nationaliser " les entreprises en difficulté. Ainsi
l'ouverture à la concurrence dans les chemins de fer et l'électricité
en Europe se poursuit comme prévu.
La quatrième conséquence est plus
grave et spécifique au secteur des TIC : le modèle
de la convergence n'a pas (encore) tenu ses promesses. Certes la
" petite " convergence entre médias est tout à
fait justifiée et trouve chaque jour sa pertinence dans les
grands groupes de médias intégrant cinéma,
musique, télévision, édition et presse. Mais
la " grande " qui inclut à l'ensemble précédent
l'infor-matique et les télécommunications bute aujourd'hui
sur la diffusion lente de produits et services chers (UMTS, Internet
large bande), sur les incertitudes de la gestion des droits intellectuels
(piratage, P2P) ainsi que sur les limites réglementaires
que les autorités de la concurrence ont commencé à
ériger.
Fonds d'investissements
actifs dans les technologies de l'information et de la communication
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Nom
|
Nationalité |
Montant
total des actifs détenus (milliards €) |
Actifs
dans les TIC et opérations en 2002 (A = achat ; V = vente)
|
| Apax |
USA
|
12
|
Travelprice,
Rueducommerce |
| Bain
Capital |
USA
|
14
|
VUP
(A) |
| Carlyle |
USA
|
14
|
Casema
(A), Figaro (V) |
| Charterhouse |
UK
|
n/a
|
TdF
(A) |
| Cinven |
UK
|
>
8
|
VUP
(A) Wolter Kluwer (A) |
| KKR |
USA
|
>
6 en europe
|
Zhone,
Primedia, Nixdorf |
| Thomas
H. Lee |
USA
|
n/a
|
VUP
(A) |
| Platinum
Equity |
UK
/ USA
|
n/a
|
Alcatel
distribution |
| Providence |
USA
/ UK
|
5
|
Eircom,
CellularOne |
| Texas
Pacific (TPG) |
USA
|
17
|
Gemplus |
Et la cinquième et dernière conséquence
porte sur la montée en puissance des financiers dans la gestion
et les stratégies du secteur. Leur rôle s'est révélé
majeur dans tous les cas étudiés : les banques et
fonds d'investissements ont été sollicités
pour renflouer les groupes en détresse et éventuellement
acheter les actifs vendus. L'appel public à l'épargne
est devenu aléatoire à cause de la mauvaise santé
des groupes en question et de la bourse en général.
Les fonds de pension sont devenus méfiants, ils n'hésitent
pas à attaquer les groupes défaillants en justice.
Les banques, dans leur triple métier de prêteur, de
conseil et d'actionnaire de référence n'ont pas souvent
brillé par leur clairvoyance et même parfois par leur
déontologie. Ainsi Jack Grubman, l'analyste phare de Salomon
Smith Barney dans les télécommunications, a été
banni de Wall Street. Les banques n'ont pas voulu s'exposer encore
plus aux risques du secteur des TMT et ont fait le minimum. Enfin
la reprise des entreprises par leurs salariés, envisageable
pour des activités en bonne santé, est complexe à
monter. Et elle n'est pas possible en pratique pour des groupes
ou des sociétés de grande taille.
Il ne reste donc qu'à faire appel aux fonds
d'investissements spécialisés. A côté
des grandes banques d'affaires qui ont des filiales spécialisées
(la CDC par exemple) et des fonds d'entreprise comme GE Asset Management
existent de multiples sociétés aux métiers
diversifiés : venture-capital comme Apax, " fonds vautour
" redresseurs d'affaires comme KKR, gestionnaires de portefeuille,
spécialistes des médias comme Carlyle ou des télécoms
comme Providence
Ces petites structures ont l'habitude de
gérer les risques de ce genre d'opérations ; elles
agissent vite, sont riches et bien connectées (par leurs
liens avec des investisseurs fortunés ou fonds de pension),
discrètes (ce qui explique les trous dans le tableau ci-dessous
!) et souvent neutres politiquement (pas toujours : TPG, qui s'est
empêtré dans Gemplus est accusé d'avoir des
liens avec la CIA). De plus elles savent redresser les activités
déficitaires et elles ne gèlent pas la situation sur
le plan industriel, car elles revendent volontiers à court
ou moyen terme dès qu'une bonne occasion se présente.
Mais elles exigent de la rentabilité à court terme
et n'ont aucun état d'âme pour atteindre leurs objectifs
financiers, ce qui les fait redouter par les salariés et
le management des entreprises reprises.

Michel
BERNE |