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titre_la recherche dans les TIC

Dans le contexte morose que nous décrivons, l'effort de recherche joue un rôle particulièrement important pour deux types de raisons.

  puce_jaune Michel BERNE 

D'abord parce qu'il existe de vrais défis scientifiques et techniques pour miniaturiser et rendre plus performants les dispositifs. Maîtriser les progrès logiciels n'est pas le plus facile à faire ! Ensuite, la complexité des systèmes mis au point pose des problèmes de gestion de la technologie hors du commun. En chiffres ronds, l'ensemble des normes GSM faisait 5000 pages ; pour l'UMTS, il s'agit de 10 000 pages. Créer des normes vite et bien, dans un environnement international, présente d'énormes difficultés. Enfin il faut vendre ces produits et services et gagner sa vie avec : résoudre les problèmes d'organisation, de business models et d'usages est primordial. Ce dernier thème n'est pas neuf, car un effort considérable avait été fait en France pour le Minitel il y a plus de vingt ans. Mais on constate encore la difficulté à penser sérieusement les aspects économiques et sociaux dans ce monde dominé par les ingénieurs.

Le deuxième ensemble de raisons tient à la crainte que l'Europe, autrefois très en pointe en matière de recherche dans les télécommuni-cations, ne perde sa place et donc soit dominée à moyen terme avec les conséquences économiques et géostratégiques que l'on imagine. Le problème est encore rendu plus difficile par la mauvaise conjoncture dans les TIC qui fait que les efforts de R&D deviennent plus lourds proportionnellement pour les entreprises. Ainsi le chiffre d'affaires d'Alcatel avait baissé de 19 % entre 2000 et 2001 alors que ses dépenses de R&D avaient augmenté d'un point. Au niveau global, selon la Commission européenne : " entre 1994 et 2000, le différentiel entre les efforts américains et européens [d'investissement dans la R&D] a quasiment doublé pour atteindre 124 milliards d'euros "(1) . Le même constat s'applique à la France où le nombre de chercheurs pour 1000 actifs est de 5,9 alors qu'il est de 7,4 aux Etats-Unis et de 8,4 au Japon. La situation est même apparue critique au Conseil stratégique des technologies de l'information (CSTI), rattaché au Premier ministre qui a appelé le gouvernement à doubler les crédits publics alloués à la recherche publique en TIC (2). Le gouvernement a dévoilé un plan général de soutien à l'innovation fin 2002.

Du temps des monopoles, ces derniers géraient l'ensemble et introduisaient les innovations à leur rythme. Souvent avec succès, compte tenu de la rareté de l'offre, mais parfois aussi avec de cuisants échecs. En France, le Centre national d'études des télécommunications (CNET), organisme interministériel, tenait le haut du pavé alors que l'INRIA pour l'informatique croisait au large et s'investissait avec succès dans l'Internet.

Ce schéma est maintenant révolu. Le CNET, rebaptisé en 2001 France Télécom R&D, est au service quasi-exclusif de sa maison-mère. Le boom des télécoms a attiré de nombreux laboratoires au delà des cercles traditionnellement liés au CNET. Enfin la recherche s'est internationalisée. On a donc un dispositif à plusieurs étages qui comprend des réseaux et des programmes au niveau national et au niveau européen.

 Données-clés sur le RNRT

169 projets labellisés de 1999 à 2001
Coût total : 330 M€ ; soutien public : 150 M€
Participants : 48 groupes industriels, 130 laboratoires publics, 115 PME

Appel à projets 2002 - Thèmes et statistiques

11 projets exploratoires, 18 pré-compétitifs, 3 plate-formes

  • Anticiper la diversité des terminaux et objets communicants
  • Rendre sûr et facile l'accès pour l'utilisateur nomade
  • Créer des réseaux dynamiques pour gérer la complexité
  • Créer de la valeur par les services
  • Renforcer la sécurité des systèmes de télécommunications

cliquer pour avoir le début du documentOn a créé ainsi en 1999 en France le Réseau national de recherche en télécommunications (RNRT), le Réseau national de recherche des technologies logicielles (RNTL) et le Réseau national de recherche en micro et nano Technologies (RMNT) et en 2001 le Réseau audiovisuel et multimédia (RIAM). Ces " réseaux de recher-che et d'innovation technologique ", pilotés principalement par le Secrétariat d'Etat à l'Industrie et le Ministère de la Recherche, regroupent les industriels et les laboratoires. Les fonds publics ne sont pas très abondants, mais ce sont des " leviers " dans le montage des projets. Les bénéfices sont aussi à trouver dans la qualité du dialogue qui s'institue entre tous les participants.

De son côté le CNRS, qui s'est doté d'un Département des sciences et technologies de l'information (STIC) en 2000 (dirigé par Francis Jutand, anciennement à l'ENST et l'ENSTBr), regroupait 9000 personnes en septembre 2002 : 830 chercheurs du CNRS, 3220 enseignants-chercheurs, 3100 doctorants et post-docs. Le STIC a lancé en 2002 des Réseaux thématiques pluridisciplinaires (RTP).

Au niveau européen, l'effort de recherche est structuré par les Programmes-cadres de recherche et développement (PCRD). Le 5ème PCRD s'est achevé en 2002 et les résultats obtenus dans les TIC ont été présentés en novembre à Copenhague lors d'une grande conférence réunissant 4700 participants. Des projets ont été achevés sur des thèmes aussi divers que les services pour les handicapés ou la modélisation des réseaux.

Le 6ème PCRD a été lancé en 2002 par un appel à manifestation d'intérêt. La Commission, pour ne pas donner prise à des soupçons (récurrents) de technocratie, n'a pas imposé d'emblée les thèmes précis qu'elle soutiendrait dans les TIC, mais demandé l'avis des intéressés qui ont soumis 11 000 propositions. Deux dispositifs sont prévus : des " réseaux d'excellence " et des " programmes intégrés ". Fin 2002, tous les acteurs des TICs étaient extrêmement occupés à monter les consortiums correspondants et préparer les réponses à l'appel d'offre lancé en décembre. Ce qui, non seulement fait avancer la science en Europe mais aussi améliore notablement le taux de remplissage des compagnies européennes du continent. 3,6 milliards d'euros, soit 32,1 % du total de fonds pour les programmes prioritaires seront consacrés aux " Technologies pour la société de l'information " entre 2003 et 2006.

Thèmes de recherche de l'appel d'offres 2002 du 6ème PCRD
  • Repousser les limites du CMOS et préparer l'après-CMOS (semi-conducteurs)
  • Microsystèmes et nanosystèmes
  • Large bande pour tous
  • Systèmes mobiles et sans fils au-delà de la 3ème génération
  • Vers un cadre global de fiabilité et de sécurité
  • Interfaces multimodales
  • Systèmes de connaissance fondés sur la sémantique
  • Systèmes audiovisuels en réseau et plate-formes pour le foyer
  • Entreprises et gouvernement en réseau
  • Sécurité électronique pour les transports routiers et aériens
  • Santé électronique
  • Technologies améliorant l'apprentissage et accès au patrimoine culture

cliquer pour avoir le début du documentEnfin les grandes sociétés restructurent leurs activités de recherche et les processus de délocalisation se poursuivent. Ainsi l'Inde et la Chine bénéficient de nouvelles implantations ou de renforcements de leurs centres de R&D (Alcatel, Microsoft, Oracle…) alors qu'ont lieu des fermetures de laboratoires à Sophia Antipolis dans plusieurs entreprises. C'est chez les opérateurs que la réorgani-sation de la recherche prend la plus grande ampleur. A France Télécom, la dépense de R&D avait baissé d'un quart entre 1999 et 2000, elle a augmenté d'un quart à nouveau en 2001 quand les missions du centre de recherche ont été redéfinies. Mais la mesure la plus spectaculaire de l'année 2002 est l'externalisation par l'opérateur historique néerlandais KPN de toute sa recherche (KPN Valley), soit 300 personnes, au grand organisme de recherche néerlandais TNO.

Quelques avancées scientifiques de 2002
  • " Téléportation " d'un rayon laser par signal radio (Université nationale, Canberra, Australie)
  • Lumière " immobile ", expérience menée à l'Université du Michigan
  • " Tissage " d'un fil de cuivre très fin au CEMES (Toulouse) / Université d'Aarhus
    Transistor gravé à 6 nanomètres (IBM)
  • Semi-conducteur au silicium dopé luminescent (STMicroelectronics)
  • Avancées significatives dans le " Grid Computing " (partage de ressources de calcul) et dans la cryptographie quantique
Quelques innovations (souvent) réjouissantes de 2002
  • Anti-Mosquitoes :          Un logiciel gratuit " anti-moustiques " mis au point en Thaïlande
  • Biowall :      Mur de " peau électronique " mis au point à l'EPFL
  • Cybertool :     Un couteau suisse de Victorinox avec 41 outils pour réparer les PC
  • Deep Fritz :      Logiciel de jeu d'échecs ; a fait match nul avec le champion du monde Kramnik
  • Maron-1  :       Robot avec caméra, contrôlé par téléphone (Fujitsu)
  • Moxi Media Center :        " home entertainment hub " (TV, PC, musique…)
  • MyLifeBits :      Mémoire personnelle de masse en ligne (Microsoft)
  • ScripTalk :      " Etiquette parlante " pour médicaments
  • Soundbug :      Dispositif qui transforme n'importe quelle surface dure et lisse en haut-parleur
  • Théo :       Poupon interactif et parlant (Berchet)
  • Veste " intelligente " :          Ecran tissé en fibres optiques (France Télécom R&D et ENS des arts et industries textiles de Roubaix)
  • sans oublier :         IBM a offert au public le brevet américain N° 6.329.919 qu'il avait obtenu pour un dispositif particulier de gestion des files d'attente destiné aux avions : " System and Method for Providing Reservation for Restroom Use "

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(1) Pierre Le Hir, " L'Union européenne accroît et élargit son effort de recherche ", Le Monde, 14 novembre 2002
(2) Recommandation du 3 octobre 2002, www.csti.pm.gouv.fr

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